«Il fit insinuer par ses conseils à la Du Barry qu’elle n’aurait aucun crédit tant que Choiseul serait au pouvoir et de le remplacer par un homme qui jouerait, grâce à son rang, le même rôle et lui serait tout reconnaissant de l’y avoir poussé.»
Bien stylée par d’Aiguillon, soufflée par Maupeou, cette femme, qui n’avait été jusqu’alors qu’une bonne fille, devint une adroite comédienne. Par intervalles, elle semblait toute mélancolique.
—Qu’avez-vous donc? disait le roi, qu’amusait d’ordinaire la bruyante gaîté de sa maîtresse.
—Les Choiseul débitent des horreurs sur mon compte.
Et elle citait tel ou tel mot du ministre ou de son entourage. Elle n’avait pas besoin d’inventer.
Un autre jour, elle versait des torrents de larmes: «Les vilains Choiseul, disait-elle en sanglotant, me tourmentent.
—Patience, répliquait le roi, qui ne se décidait pas encore, cela finira[190].»
A en croire Mᵐᵉ Campan, la Du Barry «sifflée par ses amis» (et c’était Maupeou qui devait lui seriner l’air) se retournait contre le Parlement, quand le roi restait irrésolu devant les manœuvres des magistrats. Elle le menait alors devant le magnifique portrait de Charles Iᵉʳ par Van Dyck, portrait acheté à Londres et devenu depuis la propriété de la favorite. Quelle leçon que cette fin d’un roi qui avait fléchi devant son Parlement!
La comtesse n’avait pas besoin de cette mise en scène—si tant est que Mᵐᵉ Campan ne l’ait pas imaginée comme un avertissement prophétique—pour inspirer à son royal amant l’horreur et la haine des parlementaires. C’était déjà chez lui de l’atavisme. Puis, ne se plaignait-il pas volontiers de ces «grandes robes qui prétendaient le mettre en tutelle» et qui inscrivaient, en tête de leur programme, la Convocation des Etats Généraux[191]?
Maupeou trouvait donc le terrain tout préparé pour mener à fond son attaque contre les parlements.