Elle supplie le prince de lui montrer au moins l’adresse; et elle lit: Au Roi d’Espagne.
—Qu’ai-je de commun avec ce monarque? demande la favorite.
—Comme c’est Choiseul qui a donné l’idée du pacte de famille et que le roi d’Espagne a la plus grande confiance en lui, je crois devoir, par déférence, le prévenir avant de renvoyer le duc, ce qui ne tardera pas[196].»
Bientôt, s’il faut en croire une anecdote, rappelée en juin 1774 par l’abbé Baudeau, le ministre n’eut plus à douter de son sort[197]: «Peu de jours avant son renvoi, il trouve la porte du roi fermée; et avisant d’Aiguillon vers une croisée, il lui dit:
—Vous me chassez donc? J’espère qu’ils m’enverront à Chanteloup.
Vous prendrez ma place; quelque autre vous chassera; ils vous enverront à Veretz; nous serons voisins; nous n’aurons plus d’affaires politiques, nous voisinerons et nous en dirons de bonnes.
D’Aiguillon ne répondit rien.»
La disgrâce éclata. En se servant d’un billet de Choiseul, non daté, à l’adresse des Jésuites (déjà le coup de la fausse dépêche!) Maupeou avait su persuader au roi que son premier ministre excitait sous main le Parlement dans sa révolte[198]. Et le 24 décembre, Choiseul recevait de Louis XV cette lettre de cachet:
«J’ordonne à mon cousin, le duc de Choiseul, de remettre la démission de sa charge de secrétaire d’Etat et de surintendant des Postes entre les mains du duc de la Vrillière et de se retirer à Chanteloup jusqu’à nouvel ordre.»
Le lendemain, Mᵐᵉ d’Aiguillon écrivait à Balleroy: