LA
DUCHESSE D’AIGUILLON
I
Mère et fille.—Parallèle de la duchesse de Choiseul et de la duchesse d’Aiguillon: analogies de leurs destinées respectives.—Pourquoi l’Histoire les a traitées inégalement.—La Correspondance et les Correspondants de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Son style et son écriture.—Les papiers du chevalier de Balleroy.—Utilité documentaire des lettres de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Leur corrélation avec la biographie du ministre de Louis XV.
Une très grande dame de la Cour de Louis XV, la duchesse d’Aiguillon, était fille du comte de Bréhan-Plélo, ambassadeur de France à Copenhague, qui fut tué au siège de Dantzick en 1734 et de Louise-Françoise Phélypeaux de la Vrillière, morte trois ans après, en mars 1737.
A l’exemple de cette martyre de l’amour conjugal, Louise-Félicité de Bréhan-Plélo, sa fille, qui devait se marier, le 4 février 1740[1], avec le comte d’Agénois[2], depuis duc accomplie, la mère attentive, la gardienne, vigilante et irréprochable, de la fortune familiale et de l’honneur du nom, en un mot la femme forte de l’Écriture.
Si la nature, trop souvent ingrate aux belles âmes, ne départit pas à la mère et à la fille les avantages physiques, toutes deux reçurent, en compensation, les dons les plus heureux de l’esprit et du cœur. Mais, hélas! combien ces qualités, moins brillantes que solides, pèsent peu dans les balances, où, trop souvent, la seule frivolité détermine la valeur des réputations mondaines!
Aussi les noms de la comtesse de Plélo et de la duchesse d’Aiguillon n’ont-ils laissé qu’une trace à peine visible dans les Mémoires et Souvenirs contemporains. Depuis, le premier dut à une étude, parue ces dernières années, de sortir de l’oubli, où il était resté si longtemps enseveli[3].