Le second a droit à la même justice.

Un des rares écrivains qui l’aient signalé, et le premier qui ait pris l’initiative de cette tardive réparation, n’a, il est vrai, qu’une autorité très discutable.

Il importe néanmoins de citer la mention que Soulavie, ce publiciste discrédité, a consacrée à la duchesse d’Aiguillon; car, non seulement, elle en résume, avec une rigoureuse exactitude, la vie si droite et si pure, mais encore elle lui associe, par le plus ingénieux des rapprochements, celle d’une autre femme qui, ayant connu, dans les rangs adverses, la même fortune, subit la même disgrâce, sans rien perdre de la noblesse de son attitude, ni du souci de sa dignité.

«Mᵐᵉˢ d’Aiguillon et de Choiseul, écrit Soulavie, veuves respectables par leur caractère et leurs vertus, modestes et pleines de réserve pendant le ministère de leurs époux, ne voulurent jamais se mêler d’aucune intrigue[4]

A peu près oubliées par une Révolution qui devenait moins sanglante et plus humaine, ces deux femmes vivaient encore, au moment où elles recevaient un hommage si justement mérité.

L’une d’elles n’était déjà plus et l’autre allait, à son tour, disparaître, quand, dix ans plus tard, Soulavie reprenait ce double éloge, au cours d’une[5] de ses nombreuses publications[6], dans un parallèle moins concis et fort judicieux. Les portraits restaient les mêmes, avec des nuances toutefois dans l’expression de la physionomie.

«Mᵐᵉ de Choiseul, dit Soulavie, développa, comme son mari, un très grand caractère... Elle voulut le défendre contre les dernières injustices de Louis XV... Elle fut courageuse, patiente, résignée, mais fière comme son époux...

Mᵐᵉ d’Aiguillon était d’un caractère opposé, simple, timide, silencieuse, mais vertueuse et sensible...»

Le panégyriste qui, partout ailleurs, s’est heurté à de si vives contradictions, n’a reçu ici aucun démenti: il a trouvé la note juste.

Le crayon qu’il a tracé de Mᵐᵉ de Choiseul est en effet des plus ressemblants: celui de Mᵐᵉ d’Aiguillon n’est pas moins exact. Mais ce que Soulavie a certainement ignoré, c’est que, tout en paraissant «timide et silencieuse» à côté de Mᵐᵉ de Choiseul, Mᵐᵉ d’Aiguillon a su, comme elle, défendre vaillamment son mari, le soutenir et l’encourager dans les circonstances les plus critiques.