L’abbé de Véri, auditeur de rote à Rome, qui a laissé un journal inédit où M. de Ségur a puisé de précieux renseignements, étudie surtout le ministre:

«Les ambassadeurs étrangers, dit-il, reconnaissaient sa manière douce, juste, toujours ouverte et son humeur accueillante avec les militaires.»

Dans la Chronique de l’abbé Baudeau la note change. Si le diplomate flatte son modèle, l’économiste noircit singulièrement le sien, bien qu’avec certaines atténuations, pour paraître impartial. Baudeau constate, à la date du 6 juin, que d’Aiguillon a refusé la pension de vingt mille livres à laquelle il avait droit comme ministre: il n’avait jamais servi, disait-il, le roi pour de l’argent[351].

«Ouais, objecte l’abbé, c’était par orgueil et pour placer ses adulateurs.» Mais il ajoute:

«Il était parcimonieux pour la chose publique dans un règne de gaspillage, vétilleux, absolu, travailleur, colère, rancunier, présomptueux, petit et vindicatif à l’excès—tous les vices du cardinal de Richelieu, sans en avoir l’esprit!»

XVI

La comédie à Veretz.—Goûts et plaisirs champêtres.—Toujours les affaires de Bretagne.—Rentrée en scène de la Chalotais—Epidémie à Veretz et à Chanteloup.—Réintégration de l’ancien Parlement: d’Aiguillon y prend place sans que personne proteste.—Ce qu’on pense à Vienne de sa retraite.—Campagne de libelles contre la reine: le duc d’Aiguillon en est, dit-on, l’inspirateur.

«La duchesse, dit la chronique de Baudeau, à la date du 2 juin, est partie pour Veretz, à ce qu’on assure: elle y va sans doute préparer le logement de son cher époux.»

La nouvelle était peut-être prématurée, mais en somme très vraisemblable, l’air de la Cour devant paraître irrespirable à Mᵐᵉ d’Aiguillon, depuis l’avanie que lui avait infligée la reine.

Quoi qu’il en soit, la châtelaine de Veretz était en pleine villégiature dans le courant du mois d’août; car une lettre du 26, à l’adresse de Balleroy, lui décrit, dans cette langue, simple, naturelle et parfois un peu négligée, dont nous connaissons la saveur, la vie agréable que faisaient à leurs invités les possesseurs de ce beau domaine. La comédie de salon n’en était pas une des moindres distractions: