Quelques jours après, la lettre, non signée, d’un ami, dut le confirmer dans l’opinion peu flatteuse qu’il avait de son oncle. Sans nul doute, d’Aiguillon avait envoyé cet ami pour tâter le terrain; mais la réponse de son confident lui fit comprendre combien était chimérique l’espoir qu’on entendait lui donner de lier ses destinées à celles de Guines, puisque la reine le croyait, lui ou ses partisans, les auteurs du rappel de son protégé. D’ailleurs, nous publions intégralement cette conversation de l’ami anonyme avec Maurepas, qui dessine à souhait la silhouette de l’homme d’Etat, ne laissant dans l’ombre aucune de ses finesses, de ses subtilités, de ses roueries, pour ne pas dire de ses mensonges[440].
Paris, 11 mars 1776.
Je prends mes mesures pour que cette lettre vous arrive sans obstacle. Je n’ai pas cru devoir attendre une occasion pour vous faire passer les détails que vous y lirez de la part d’un grand nombre d’amis qui soupirent après votre retour.
Je fus samedi à Versailles avec le plan de votre château dans ma poche. Je passai près d’une heure avec M. de Maurepas. Je lui montrai sur le papier les incommodités que vous avez éprouvées pendant l’hiver; il s’y est montré sensible et m’a dit:
«—Vous les avez laissés en bonne santé?
—Ils se portaient à merveille.
—Mᵐᵉ d’Aiguillon a été fort incommodée de la grippe. Est-ce vrai?
—Elle a gardé le lit trois à quatre jours. Ils paraissent décidés à ne pas quitter Aiguillon.
—Je penserais volontiers comme eux; ils y sont de grands seigneurs. A Veretz, ils ne seraient que des bourgeois. Je sais ce que c’est que l’exil; ils ont au moins l’agrément d’être chez eux. Moi, on m’envoya dans un pays où je ne connaissais personne.
—Cela est vrai; mais vous étiez chez votre ami; et votre famille vint bientôt vous y joindre, de sorte que vous étiez comme à Paris.