Voilà, M. le duc, la solution (?) de la conversation que j’eus samedi avec M. de Maurepas. A l’en croire, il se donne de grands mouvements pour vous; mais la reine arrête d’un côté les efforts de ses démarches; et il cherche, dit-il, délicatement, à faire oublier au roi les liaisons avec Mᵐᵉ Du Barry qui sont la seule prévention que ce prince ait contre vous.
Quel peut bien être le narrateur de cette scène si vive, si animée, si piquante, qui appartient à l’Histoire et qui relève par intervalles de la Comédie, ces deux interprétations de la vie et de la pensée humaines ayant tant de fois entre elles de nombreux points de contact?
Est-ce Flesselles, La Noue, Fontette, Balleroy, Belleval??... un petit groupe, mais tous des cœurs sincères, amis dévoués et courtisans du malheur[444].
Notre anonyme terminait ainsi sa lettre:
«Dès le mois de septembre ou d’octobre, si je suis libre, monsieur le duc, la disgrâce d’un ami est une raison de plus pour moi de lui donner toutes les preuves qui sont en mon pouvoir de mon fidèle attachement et de ma reconnaissance.»
Mais, à toute époque de l’année, à toute heure du jour, la porte de la maison était ouverte et la table servie, comme aux temps heureux de Veretz et de l’hôtel d’Aiguillon, pour ces hôtes que n’effrayait pas le ruban de 200 lieues qui les séparait de Versailles.
Nous en retrouverons les noms, les portraits, les habitudes et même les aventures dans les lettres de la duchesse dont la gaîté, le naturel, la vivacité d’impression contrastent avec le ton gourmé, mystérieux, morne et presque mélancolique des épîtres maritales.
Si, comme l’affirme l’auteur des Mémoires, Mᵐᵉ d’Aiguillon ne s’est jamais mêlée d’aucune intrigue politique, elle n’en a pas moins conservé sa liberté d’appréciation sur les hommes du jour et sur leurs actes; elle dit son mot, comme jadis à propos des affaires de Bretagne; elle enregistre nouvelles et informations, elle rédige, en outre, la chronique du château, le tout pour ce brave chevalier de Balleroy, où qu’il soit, en garnison, chez son frère en Basse-Normandie, ou encore dans son petit appartement du faubourg Saint-Germain.
M. de Maurepas se préoccupait, nous l’avons vu, d’une crise au Parlement. «On me mande, écrit la duchesse au chevalier, qu’il y a eu un lit de justice, j’en suis très aise, dans l’espérance que Messieurs, n’ayant plus de discussions, ni de remontrances à faire, s’occuperont de l’affaire de M. de Richelieu dont j’ai la plus grande impatience de voir la fin[445].»
Elle attendait alors sa fille et son gendre. Mais il paraît qu’on voulait faire un crime à Chabrillan de cette visite.