Aussi prend-elle la mouche: «Il vient ici en droiture; je trouverais bien plat qu’il crût avoir besoin de feindre un autre voyage; il peut sans embarras afficher sa liaison avec nous: il ne peut être blâmé de qui que ce soit[446]

A huit jours de là, elle revient sur «l’affaire de M. de Richelieu». C’était une assez vilaine histoire. Une intrigante, nommée Saint-Vincent, que le maréchal avait quelque peu chiffonnée en son jeune temps, avait mis en circulation pour trois cent mille écus de billets souscrits à son profit par Richelieu. Celui-ci prétendit qu’ils étaient faux et fit enfermer la Saint-Vincent. Le procès fut évoqué devant le Parlement; et le maréchal put constater une fois de plus ce que valait la haine des «robins». La faussaire fut acquittée. Et Mᵐᵉ d’Aiguillon de commenter l’arrêt, ainsi qu’un autre événement, non moins scandaleux, survenu depuis peu dans la famille:

«Le pauvre maréchal finit d’une façon bien triste une carrière très longue, très glorieuse et très brillante. Ce jugement est aussi injuste qu’absurde. On me mande que Mᵐᵉˢ de Gramont, de Lyonne et de Chaulnes ont sollicité indécemment pour cette scélérate de Saint-Vincent. Je le croirais très facilement de ces trois femmes; mais quand des magistrats se prêtent aux intrigues d’une cabale, c’est ce qui est incroyable et ce qui révoltera tous ceux qui pensent honnêtement.»

Mᵐᵉ d’Aiguillon passe ensuite à l’autre scandale, la mésalliance de Fronsac, le fils du maréchal: «Il fait un bien plat mariage, après avoir refusé de très bons partis de filles de qualité. C’est le cas de dire:

Entre tant de héros choisir un Childebrand!

Il a 60.000 livres de rente, avant peu 200.000, duc et pair à deux pairies, une belle charge, fils d’un homme qui a joué les plus grands rôles, que les persécutions qu’il éprouve rendent plus grand encore aux yeux des honnêtes gens... qui épouse Mˡˡᵉ Galliffet!! la transition est un peu forte et ce n’est plus le cas de dire:

La chute en est heureuse![447]»

D’ailleurs peu intéressant, ce Fronsac! C’était lui que Gilbert avait flétri dans sa fameuse Apologie, joueur et libertin, se faisant incendiaire pour enlever une fille, qu’il abandonnait après l’avoir violée.

A ce moment, Mᵐᵉ de Maurepas qui tenait sa nièce au courant des nouvelles familiales et lui avait annoncé, quelques mois auparavant, la retraite définitive de son frère Saint-Florentin, duc de la Vrillière, «s’arrangeant pour aller une fois encore la semaine à la Cour[448]», Mᵐᵉ de Maurepas lui apprenait l’état très grave de cet oncle subitement frappé de paralysie, et l’invitait à se rendre à Pontchartrain pour le règlement futur de leurs intérêts respectifs. Mᵐᵉ d’Aiguillon fait part de la nouvelle à Balleroy, prévoyant pour Saint-Florentin la même fin qu’avait eue son beau-père, à la suite d’une attaque d’apoplexie. Elle avait écrit à sa tante qu’elle s’en rapportait entièrement à elle et à son mari de la question de partage. Cet oncle ne lui ayant jamais témoigné—comme l’autre d’ailleurs—qu’une affection sans péril pour son égoïsme, la duchesse revient bien vite à des sujets qui lui touchent autrement au cœur. C’est encore de Chabrillan qu’il s’agit. Le pays lui plaît, mais pas autant qu’elle l’eût espéré. Aussi est-il parti «en très bonne santé: je prétends, ajoute-t-elle, qu’il ne tiendra pas huit jours sans s’y ennuyer. C’est une si belle chose que la Cour!» dit-elle malicieusement.

Enfin, elle renseigne Balleroy sur les distractions présentes d’Aiguillon et sur les plaisirs qui l’attendent dans un avenir prochain: