[255] Œuvres de Voltaire (édition Garnier, t. XV, c. XXV).
[256] Mémoires d’Argenson, t. IV, mars 1744, p. 318.—Duc de Broglie: Maurice de Saxe et le marquis d’Argenson (2 v., 1893), t. I, p. 14.
[257] Duc de Broglie: Maurice de Saxe et le marquis d’Argenson, t. I, p. 22.
De guerre lasse, vers la mi-février, il se dit malade et revint, jurant et tempêtant contre les ministres de la Guerre et de la Marine, tournant en ridicule le duc d’York (le futur cardinal) et les catholiques anglais, dévots maladroits, qui ne savaient pas cacher leurs pratiques bigotes aux yeux des protestants partisans de Charles Édouard[258].
[258] Mémoires d’Argenson, t. IV, pp. 319-321, mars 1744.
Il comptait prendre sa revanche, à la Cour, du rôle ingrat qu’on lui avait imposé, perfidement peut-être. Aussi bien, il prêtait serment, le 12 février 1744, comme premier gentilhomme de la Chambre, et «servait le roi à son coucher, puis, le lendemain, à son lever[259]». Là, encore, la malignité publique trouva prétexte à s’exercer aux dépens du nouveau dignitaire. La banqueroute d’un notaire parisien, Laideguive jeune, préoccupait alors tous les esprits. On s’empressa de l’attribuer à Richelieu, parce qu’il avait exigé, prétendait-on, du failli, qu’il «se dessaisît de ses dépôts, pour lui avancer les 400.000 livres dûs pour le brevet de retenue de la charge de premier gentilhomme[260]».
[259] Journal du duc de Luynes, t. V, p. 331, 14 février.
[260] Bibliothèque de l’Arsenal. Mss. 6113. Journal inédit du Chevalier de Mouhy, 7 mars 1744.
En tout cas, il eut à cœur de remplir ces fonctions, jusqu’à l’heure de sa mort, c’est-à-dire pendant plus de quarante-quatre ans, avec une régularité ponctuelle et un sentiment du devoir, qui, malheureusement, n’étaient pas exempts d’une minutie tracassière, d’un souci exagéré de l’étiquette et d’une hauteur souvent intolérable.
L’ordonnance des spectacles, la pompe des fêtes, le règlement des cérémonies officielles étaient surtout de son ressort. Et, précisément, cette année-là, celles du futur mariage du Dauphin comportaient un programme que nul n’était plus apte à composer que le duc de Richelieu. Celui-ci n’en voulut laisser le soin à personne. Il fit tout d’abord de son féal Voltaire le poète de la Cour; et, pour répondre à sa confiance, l’auteur écrivit cette Princesse de Navarre, assurément la plus médiocre de ses œuvres dramatiques et qui lui valut d’être aux prises, pendant plus de six mois, avec son protecteur et avec le compositeur Rameau.