Frédéric y consentit[271]. Une des premières conséquences des pourparlers fut le renvoi d’Amelot, ce ministre bègue qui était la risée de l’Europe. Mais, malgré les objurgations quotidiennes de Mme de Tencin, Maurepas se maintint au pouvoir.
[271] Besenval: Mémoires (édit. Baudouin), t. I, p. 32.—Jobez: La France sous Louis XV, t. III, p. 357.—Frédéric II: Histoire de mon temps, t. III, c. IV.—Flassan: Histoire de la diplomatie française, t. V.—Duc de Broglie: Frédéric II et Louis XV, t. II, pp. 178-187, 203-205.—Les Mémoires authentiques du Maréchal de Richelieu consacrent un chapitre à ces négociations secrètes avec la Prusse, chapitre que reproduit presque textuellement le Mémoire présenté à Louis XVI. Dans ce Mémoire, le récit des négociations avec la Prusse suit la relation de l’ambassade de Vienne: comme bien on pense, Richelieu avait jugé inopportun de faire connaître au nouveau roi tous les dessous d’intrigues politiques et galantes, auxquelles, dans l’intervalle, il avait pris une si large part.
Pendant que Richelieu guerroyait dans les Flandres, les tractations (c’est le mot à la mode) se poursuivaient régulièrement; et il semble qu’elles aient réussi à secouer la torpeur, peut-être simulée, que Mme de Tencin reprochait si volontiers à son frère.
Le Cardinal écrivait, de Versailles, le 2 mai, à Richelieu: «Le projet de traité avec le roi de Prusse a été fait dans un comité, chez moi, de la manière que j’en étais convenu avec Rottembourg[272].» Celui-ci, au dire de Mme de Tencin, «exigeait toujours le plus grand secret»; et le traité devait être signé à Paris[273].
[272] Correspondance du cardinal de Tencin, ministre d’État et de Mme de Tencin sa sœur avec M. le duc de Richelieu, 1790, 2 mai 1744.
[273] Correspondance du cardinal de Tencin, ministre d’État et de Mme de Tencin sa sœur avec M. le duc de Richelieu, 1790, 2 mai 1744, p. 315.—Ce recueil de lettres (Bibliothèque Nationale Impr. Lb38 56), imprimé sur des originaux confiés par Richelieu à de La Borde, recueil auquel les biographes de Mme de Châteauroux et des Tencin, les Goncourt, MM. P. Masson, de Coynart, etc. attribuent, à juste raison, une certaine importance, ne leur inspire pas cependant une absolue confiance; et l’un d’eux, croyant à des interpolations ou à des maquillages du fait des éditeurs, exprimait le vœu qu’on pût retrouver un jour les originaux de cette correspondance. Or, dans le Bulletin du Bibliophile, de 1876 (p. 20), nous avons découvert, à l’article Choix de lettres inédites avec éclaircissements historiques et littéraires, par Edouard de Barthélemy, la publication d’un autographe du cardinal de Tencin, du 22 mai 1744, absolument identique à une lettre portant la même date, imprimée dans le recueil Lb38 56 de 1790.
D’autre part, M. P. Masson remarque que le recueil fut édité par les soins de Soulavie, qu’on y retrouve plusieurs lettres publiées par celui-ci dans les Mémoires de Richelieu, et que certaines de ces lettres figurent également dans la Vie privée de Faur.—Et M. P. Masson en conclut fort judicieusement que toute cette correspondance, si dispersée, n’est pas dépourvue d’authenticité, réserve faite de l’inexactitude de ses différentes dates.
Évidemment, ce jour-là, le fait d’avoir été pris tout d’abord pour intermédiaire entre les deux princes, ne pouvait qu’ajouter à la gloire de Richelieu et le désigner à l’attention de son souverain comme le plus éminent de ses conseillers.
Fût-ce l’ambition d’en obtenir le titre, ou l’exemple de ce roi de Prusse toujours à la tête de ses régiments, ou mieux encore, nous voulons le croire, fût-ce un sentiment plus noble et plus élevé, le désir de voir un roi de France reprendre les traditions de ses aïeux, se souvenir qu’il était du sang des Bourbons, et qu’Henri IV, Louis XIII, Louis XIV avaient reçu, sur le champ de bataille, le baptême du feu? Toujours est-il que, Richelieu faisant partager à Mme de Châteauroux ses vues sur le devoir qui s’imposait à Louis XV, la nouvelle Agnès Sorel (on lui donna ce nom à Versailles) décida son royal amant à rejoindre l’armée.