CHAPITRE XVI
Mme de Tencin continue sa correspondance. — Richelieu lui préfère encore la présence de Mme de Châteauroux auprès du roi. — Dangers de cette manœuvre. — La maladie de Louis XV à Metz. — Les médecins perdent la tête. — Richelieu et les duchesses chambrent le roi. — Les terreurs de Louis XV. — Disgrâce de Mme de Châteauroux. — Épigrammes et satires. — Le roi guérit et charge Richelieu de négocier le retour de la favorite. — Un rendez-vous et une liste de proscription. — Maurepas échappe à la vengeance de la duchesse, mais doit s’humilier devant elle. — Mort foudroyante de Mme de Châteauroux. — Douleur du roi.
Par lettres du 1er avril 1744, Richelieu avait été envoyé à l’armée de Flandre; nommé aide de camp du roi par brevet du 1er mai, et, le 2, lieutenant général, il prenait part, sous ce titre, aux sièges de Menin, d’Ypres et de Furnes. Mais, bien qu’éloigné de Versailles, il était tenu au courant des complots qui s’y tramaient chaque jour et des perfidies qui s’y débitaient à toute heure, par une correspondance presque quotidienne avec les Tencin et avec la duchesse de Châteauroux.
Celle-ci avait une idée fixe: se défaire de Faquinet, surnom qu’elle donnait à Maurepas, qui, d’ailleurs, pour répondre du tac au tac, appelait Richelieu Foutriquet[274]:
—«Que l’on me donne des faits», demande-t-elle à son «cher oncle»; et «je serai bien forte[275].»
[274] Mémoires de Maurepas, t. IV, p. 112.
[275] Lettres de la duchesse de Châteauroux au duc de Richelieu (Collection Leber, Bibliothèque de Rouen).
Interprète de Richelieu, Mme de Tencin affirme à la duchesse qu’elle a mis plusieurs personnes en mouvement pour «dégoter» Maurepas, malgré qu’il se vante d’être au mieux avec le roi. Le grand argument de Mme de Tencin, c’est l’état déplorable du département de la marine confié à ce ministre incapable et malfaisant. Au surplus, on s’en débarrassera momentanément: on l’enverra inspecter les ports de guerre, le 18 juin[276].
[276] Journal de Barbier, t. IV, pp. 522-523. Le chroniqueur y signale cette «tournée» de Maurepas.
Et notre politicienne continue, à bâtons rompus, son système d’informations sur les sujets les plus variés: elle expose ses projets de gouvernement et ses vues diplomatiques; mais, toujours ombrageuse, âpre et caustique, elle récrimine contre des ennemis réels et même imaginaires. D’Argenson est «superficiel et badin». Mme de Boufflers est «la plus méchante et la plus tracassière des femmes». Maurepas, «le plus méchant de tous..., connaît mieux la Cour que les autres». Il faut se méfier de la Poule (Mme de Flavacourt) qui écrit au roi sous le couvert du premier valet de chambre Le Bel.