[282] Moufle d’Angerville: Vie privée de Louis XV (1783, 6 vol.), t. II, p. 220, d’après Les Amours de Zéokinisul, de Crébillon fils.
Cependant La Peyronie déclarait, le 13 août, que Louis XV n’avait plus que deux jours à vivre.
Avisé de l’impatience manifestée par les principaux intéressés de ne pouvoir s’acquitter de leurs fonctions, le roi avait consenti à leur donner audience. Mais le duc de Bouillon, qui voulait décidément la conversion du pécheur, lui ayant rappelé les devoirs de sa charge:
—«Il n’est pas encore temps,» lui dit sèchement le prince.
Richelieu, paraît-il, l’avait charitablement prévenu, que si les officiers de la couronne s’étaient déterminés à cette démonstration, c’était afin «de faire parade de leurs fonctions pour l’administration des sacrements».
Mais survint une syncope. Épouvanté, le roi manda en toute hâte le P. Pérusseau. Dès lors, la favorite était sacrifiée. Aussitôt, pour édifier le populaire, Fitz-James fit abattre la galerie de bois qui reliait l’appartement de la maîtresse à celui de l’amant. Vainement Richelieu voulut s’opposer au départ de la duchesse; mais l’évêque ordonna la fermeture des tabernacles. Et, sous l’anathème épiscopal, Mme de Châteauroux dut s’éloigner avec sa sœur.
On sait comment se termina cette maladie, dont les phases successives firent passer un tel frisson d’angoisse par toute la France et qui valut à Louis XV le nom de Bien-Aimé.
Dès que le roi eut reçu les sacrements, ses médecins consentirent à le laisser traiter par un de leurs confrères, nommé Mollin ou Du Moulin, peut-être aussi par un empirique de Metz, le juif Castéra, «que j’ai introduit dans la chambre du roi», écrivait Richelieu à Mme de Châteauroux. Toujours est-il qu’un violent émétique, ordonné par Moncerveaux, un chirurgien d’Alsace, débarrassa le malade, qui entra, peu de temps après, en convalescence[283].
[283] Journal de ce qui s’est passé, etc... à Metz, 1744, in-fo (récit officiel).—Dr Delaunay: Le Monde médical parisien au XVIIIe siècle (2e édition, 1906), p. 120.—Intermédiaire des chercheurs et des curieux, 1912, pp. 457 et 605.—Chicoyneau: Journal de la maladie du roi, 1745.—Les Goncourt: Mme de Châteauroux, 1877, pp. 357-364.—Mémoires de Maurepas, t. IV, p. 115. Journal du voyage, de la campagne et de la maladie du roi à Metz.—Soulavie: Mémoires de Richelieu, t. VI, pp. 17-39.—Journal de Barbier (édition in-8o) t. III, 533-571.—Journal de Luynes.—Mémoires authentiques du Ml de Richelieu (inédits).
Cette maladie du Roi paralysa les opérations du Maréchal de Noailles qui marchait sur le prince Charles et sauva celui-ci du désastre auquel l’aurait infailliblement conduit son imprudente invasion de l’Alsace. Les Parisiens se moquèrent de l’inaction de Noailles, en attachant une épée de bois à la porte de son hôtel. Frédéric II, qui, après avoir violé la neutralité saxonne, était entré en Bohême, le 23 août, dut l’évacuer. Il était exaspéré: le prince Charles avait repassé tranquillement le Rhin et pouvait dès lors inquiéter le roi de Prusse.