«M. le duc de Richelieu a reçu ordre du roi de vous avertir, de sa part, qu’il y aura bal à Versailles, mercredi 24 février 1745, à 5 heures du soir.

«Sa Majesté compte que vous voudrez bien vous y trouver. Les dames qui dansent seront coiffées en grandes boucles[306]

[304] [305] Journal du duc de Luynes, t. VI, pp. 325-381.

[306] Journal de Luynes, t. VI, p. 302, 18 février.

D’autres missions de non moindre importance étaient confiées à cet arbitre des élégances officielles; et il semblait qu’il fût tout désigné pour les mener à bonne fin, quand elles visaient cette famille royale d’Espagne, dont il avait si activement facilité le rapprochement avec la maison de France. N’était-il pas allé, en 1742, recevoir l’Infant Don Philippe à l’entrée du Languedoc, pour le conduire jusqu’à Tarascon-sur-Ariège? En revenant à Choisy, «faire sa révérence» au roi, il avait dit à Louis XV «beaucoup de bien» du prince espagnol, «fort aimable et même d’une figure assez agréable, quoiqu’il ne fût pas parfaitement bien fait, ayant une épaule plus grosse que l’autre...[307]».

[307] Ibid., t. IV, p. 121.

Il dut remplir un office d’ordre tout différent auprès de l’Infante Marie-Thérèse-Raphaele, qui arrivait en France pour épouser le Dauphin. Ainsi que la reine Marie Lesczinska, qui n’avait jamais mis de rouge avant son mariage, la princesse espagnole ignorait l’usage de ce fard dont les dames françaises avaient fini par abuser. L’Infante n’entendait même pas en user; elle s’y résignerait cependant sur l’ordre de Leurs Majestés. On en délibéra dans le Cabinet du roi. Et Richelieu, en sa qualité de premier gentilhomme de la Chambre, vint, de la part de Leurs Majestés, apporter solennellement à la jeune femme, «la permission de mettre du rouge», ce qu’elle s’empressa de faire[308]. Et le Dauphin avait horreur de ce maquillage!

[308] Quicherat: Histoire du Costume en France, 1875, p. 557.

A cette époque, et malgré sa très grande faveur, Richelieu n’avait pas toujours des joies sans mélange. Il avait sollicité l’Abbaye au Bois pour sa sœur, abbesse déjà du Trésor. Boyer, l’ancien évêque de Mirepoix, qui tenait la feuille des bénéfices, avait enquêté sur la postulante, très chaudement appuyée par la duchesse de Brancas. Mlle de Richelieu, sans se répandre autant que son frère, avait l’humeur tant soit peu fringante. Boyer, fort sévère sur le chapitre des mœurs, et plutôt d’humeur revêche, transmit au roi le résultat de ses informations; et quand Louis XV eut signé la nomination que lui proposait l’évêque:

—«M. de Richelieu ne sera pas content,» fit le prélat.