—«Il pouvait s’y attendre, répliqua le roi; car, avant que vous n’entriez, il m’avait recommandé sa sœur; je lui ai dit qu’il était trop vif et qu’il n’aurait pas l’abbaye[309]

[309] Journal de Luynes, t. VI, p. 430 (note), 22 avril 1745.—Les Lettres de Marville au comte de Maurepas (édit. de Boislisle, 3 v., 1896-1905), t. II, p. 74 racontent—à la rubrique Nouvelles des Cafés—cet épisode, en le précédant de cette observation: «Les Actions de M. le duc de Richelieu ont considérablement baissé.»

Comment ce courtisan, à l’échine si souple, avait-il pu «être trop vif»? Peut-être Louis XV, souverain calme et tranquille jusqu’à la mollesse, avait-il été énervé par l’activité, bourdonnante et brouillonne, de ce «touche-à-tout», activité qui, cette année encore, allait se disperser sur les terrains les plus divers.

La guerre venait de se réveiller en Flandre. Et le roi, accompagné du Dauphin, rejoignait l’armée, le 6 avril. L’adroite et jolie Mme d’Etioles, déjà remarquée par le prince, en 1743, à la chasse, et, en février 1745, au bal masqué de l’Hôtel-de-Ville, avait su remplacer, six semaines plus tard, Mme de Châteauroux dans le cœur de l’oublieux monarque, et, comme elle, montré à son royal amant la gloire qui l’attendait sur les champs de bataille.

Maurice de Saxe, devant qui s’était effacé le Maréchal de Noailles, commandait en chef l’armée à laquelle s’opposaient les troupes anglo-hanovriennes[310], soutenues par 8.000 Autrichiens. Et Richelieu était encore à Paris! Un singulier contre-temps l’y retenait, ainsi qu’il résulte de la lettre suivante, que nous avons trouvée dans les Archives de la Bastille[311], lettre adressée au lieutenant de police:

«Paris, le 23 avril 1745.

«Mon équipage est parti hier matin, Monsieur. Un chef d’office que j’avais qui le suivait, est revenu à toutes jambes sur le cheval qu’il montait. Il l’a renvoyé à mon hôtel presque crevé et est allé courir dans Paris, sans qu’aucun de mes gens ait pu le joindre encore. Vous voyez, Monsieur, dans quel embarras cela me doit jeter à la veille de partir moi-même pour joindre l’armée; et vous savez la règle des domestiques qui doivent y servir. Aussi, Monsieur, je vous demande avec instance la juste punition d’une insolence aussi intolérable et de vouloir bien faire mettre à Bicêtre le dit officier qui s’appelle Champenois, et dont la femme et l’établissement sont chez un limonadier à la porte de Paris, rue Pierre-au-lait. La crainte de ne vous pas trouver m’a fait prendre le parti de vous écrire en vous renouvelant l’assurance, etc...

Le duc de Richelieu.

[310] L’armée ennemie comprenait également un contingent hollandais, les Provinces-Unies s’étant prononcées, après bien des tergiversations, en faveur de l’Autriche.

[311] Bibliothèque de l’Arsenal: Archives de la Bastille, 11565, p. 138, dossier Champenois.