Suivait immédiatement une lettre, autographe celle-ci, du plaignant[312]:
«Je suis très sensible, Monsieur, à votre attention et à la bonté avec laquelle vous voulez bien m’en donner preuve. Le sieur Champenois est ici; il a appris hier apparemment par le secrétaire qui écrivit hier ma lettre, les prières que je vous faisais. Il est venu, ce matin, pour me faire demander grâce, mais je ne l’ai pas voulu écouter, comme vous croyez bien; car cet exemple serait trop dangereux et vous prie, au contraire, de me continuer votre bonté à cet égard. Cet homme doit être recommandé (illisible) sur les registres de la police pour un (illisible). Il a même tué un homme, m’a-t-on dit. Il a suivi en Espagne le duc d’Antin et est d’ailleurs assez bon officier, mais extravagant. Si je sais quelque particularité de ses démarches, j’aurai l’honneur de vous en informer...»
[312] Même dossier Champenois.
Une apostille du lieutenant de police, à la date du 14 mai, annonçait que Champenois était arrêté et que le comte d’Argenson venait d’en être «instruit».
La rancune de Richelieu, s’étayant d’un règlement de police qui interdisait aux domestiques de «déserter» leurs maîtres, sans préavis, était singulièrement tenace; car Champenois n’obtint sa mise en liberté que le 8 août, sur le consentement de Richelieu[313].
[313] Dossier Champenois. Lettre datée de Gand, le 3 août 1745.
Aussi bien les événements se précipitaient à la frontière.
Après l’investissement de Tournai, le Maréchal de Saxe, quoique dans une position désavantageuse, acceptait la bataille, le 11 mai, devant Fontenoy. Cette action militaire, qui fit tant d’honneur aux armes françaises, a été si souvent et si remarquablement décrite, que nous n’avons garde d’en reprendre le récit sur de nouveaux frais. Nous n’en voulons retenir que la part de victoire attribuée au duc de Richelieu, diminuée à dessein par ses détracteurs[314], exagérée peut-être par ses panégyristes.
[314] Linguet entr’autres, dans ses Annales politiques, en 1788.
La courtoisie inopportune d’Anterroche, à l’adresse des Anglais, nous avait déjà coûté nombre de soldats; notre cavalerie pliait, et la formidable colonne, compacte et serrée, des Anglo-Hanovriens, forte de 14.000 combattants, s’avançait, portant le désordre et la mort dans les rangs des Français. Le Maréchal de Saxe considérait la bataille comme perdue et suppliait Louis XV de se résigner à la retraite. Mais le roi et son fils y répugnaient. Ce fut alors qu’au milieu d’un Conseil tenu à cheval, survint Richelieu, mis ainsi en scène par Voltaire: