«Il se précipite, hors d’haleine, l’épée à la main et couvert de poussière.

—«Quelle nouvelle apportez-vous, dit le Maréchal de Noailles; et quel est votre avis?

—«Ma nouvelle, dit le duc de Richelieu, est que la bataille est gagnée, si on le veut; et mon avis est qu’on fasse avancer dans l’instant quatre canons contre le front de la colonne. Pendant que cette artillerie l’ébranlera, la maison du roi et les autres troupes l’entoureront. Il faut tomber sur elle comme des fourrageurs.»

«Le roi se rendit le premier à cette idée[315]

[315] Voltaire: Précis du siècle de Louis XV, c. XV.

Aussitôt les canons de tonner. La colonne s’arrête, un instant indécise. Elle hésite, elle se trouble. Et soudain, la cavalerie française, prenant sa revanche de Dettingen, s’élance, comme une trombe de fer et de feu sur la masse ennemie, la pénètre, la coupe, la hache en tronçons[316] et dans dix minutes à peine[317] l’anéantit.

[316] «Souvent, la victoire, a dit Napoléon, dépend d’un seul bataillon.»

[317] «Ce fut l’affaire de dix minutes de gagner la bataille avec cette botte secrète...» (Lettre du marquis d’Argenson à Voltaire.)—Mémoires authentiques du Maréchal de Richelieu (inédits).—Dans sa Journée de Fontenoy (1897), si pittoresquement illustrée par les Lalauze, le duc de Broglie, notant l’invention de la «botte secrète que Richelieu n’a pas manqué de s’attribuer à lui seul», ne paraît que médiocrement édifié sur le bien-fondé de cette revendication.

—«Je n’oublierai jamais le service important que vous m’avez rendu, avait dit Louis XV à Richelieu après la victoire.»

Le marquis d’Argenson, l’auteur des Mémoires, qui était alors ministre des affaires étrangères et qui «n’avait point quitté le roi pendant la bataille», comme le note Voltaire dans son poème de Fontenoy, le marquis d’Argenson écrivit à l’auteur: