«Il commença par s’attacher tous les ministres à département, qui sont ceux de la Guerre, de la Marine et des Finances, même M. le Chancelier. Ils le regardent tous comme leur vengeur, de même que les quatre premiers gentilshommes de la Chambre l’ont regardé comme leur bretteur, pour chasser M. de la Vallière de leurs fonctions où il s’était immiscé. On espère donc qu’il délivrera les ministres du joug de MM. Pâris (les banquiers de la Cour), de la favorite, de MM. de Puysieulx et de Saint-Séverin; chacun s’accole à lui[370]...»

[370] Mémoires du Marquis d’Argenson, t. V, pp. 354 et suiv.

D’Argenson ajoute que, pour fortifier encore son action, Richelieu avait formé un triumvirat avec le Maréchal de Belle-Isle et le cardinal de Tencin.

Mais, quoique toujours en faveur auprès du roi, Richelieu avait à faire à forte partie.

Mme de Pompadour, ne pouvant plus douter d’une hostilité qu’étaient impuissants à dissimuler les dehors d’une politesse exquise, cherchait et recueillait partout des armes contre un ennemi qui, suivant le mot très juste de d’Argenson, ne cherchait qu’à la tourmenter et à l’excéder jusque chez elle.

En effet, un jour que le roi devait aller passer quarante-huit heures au petit château de la Celle, propriété de sa maîtresse, celle-ci l’avait supplié de ne pas se faire accompagner du Maréchal, malgré que sa charge lui en donnât le droit.—«Y pensez-vous, Madame?» avait répliqué Louis XV; «et que vous connaissez mal M. de Richelieu! Si vous le chassez par la porte, il rentrera par la cheminée[371]

[371] Mémoires du Marquis d’Argenson, t. V, pp. 354 et suiv.

Cette allusion piquante au scandale tout récent où le Maréchal se trouvait impliqué, ne fut pas perdue pour la Marquise. L’aventure rappelait une antique prouesse de l’adolescent et jetait comme un soupçon de ridicule sur le quinquagénaire. Évidemment c’était une bagatelle, mais nous verrons comme Mme de Pompadour sut l’exploiter, en attendant mieux.


CHAPITRE XX