[376] MM. Tiersot (J.-J. Rousseau Musicien, pp. 83-95) et Cucuel (La Pouplinière, pp. 120 et suiv.) ont élucidé ces diverses questions que les Confessions ont traitées de façon inexacte et peu intelligible.

Et Richelieu, qui ne laissait jamais échapper une occasion de railler Voltaire, fit remarquer à Mme de la Pouplinière que l’inspiration du compositeur répondait à l’indication du manuscrit. Sur ces entrefaites, il partait pour Dunkerque. Aussi, lorsque Jean-Jacques, qui l’ignorait, se rendit à l’hôtel du grand seigneur, trouva-t-il visage de bois, «perdant ainsi honneur et honoraires», d’autant que Rameau venait de retoucher la partition, sans y laisser subsister le nom de Rousseau: seul, celui de Voltaire parut sur le livret, le jour de la représentation.

Mais, aux yeux des médisants et des envieux, le dilettantisme ne suffisait pas à justifier l’intimité, chaque jour plus étroite, entre Richelieu et ses hôtes. En admettant même que le duc, toujours enclin à se vanter de ses bonnes fortunes, fût resté absolument muet sur celle-ci, les deux amants avaient trop d’ennemis, déclarés ou secrets, pour que leur liaison ne devînt pas rapidement la fable de la Cour et de la Ville. Mme de La Pouplinière[377], persuadée que la passion de Richelieu la pousserait dans le monde, commettait de graves imprudences, surtout celle d’indisposer ses entours par sa hauteur et ses frasques. Richelieu n’était pas plus sage. Cassant, autoritaire, entêté, il était aussi désagréable avec certaines gens, qu’il était charmant avec d’autres. C’est ainsi qu’en 1746, à l’occasion du second mariage du Dauphin, il s’était systématiquement opposé à l’exécution de ballets composés à cette intention par le poète Roy[378]. Or, cet auteur, qui ne manquait pas de talent, était foncièrement vindicatif; et sa bile se déversait volontiers en calotes, sortes d’épîtres versifiées, satiriques et burlesques, qui, depuis nombre d’années, avaient le privilège d’amuser à souhait la malignité parisienne.

[377] Mme de la Pouplinière, dit M. Cucuel (La Pouplinière, p. 154) avait résisté plus d’un an aux obsessions galantes de Richelieu.

[378] Journal de Luynes, t. VII, p. 256.—Naturellement Richelieu lui avait préféré Voltaire.

Le poète, qui «donnait une calote» à sa victime, la lui offrait sous forme de brevet. A ce titre, Roy terminait ainsi le mauvais compliment qu’il adressait à La Pouplinière, car il avait trop peur du bâton pour s’attaquer directement à Richelieu:

«Lui permettons, sous les auspices

D’un duc, autrefois ses délices,

Et le favori de l’Amour,

Si méchants que soient ses ouvrages,