De leur faire avoir les suffrages,

Et de la Ville et de la Cour[379].

[379] Mémoires pour servir à l’histoire de la Calote (1754), sixième partie, pp. 139 et suiv.—Mélanges de Boisjourdain, t. III, p. 121 (1746).

La Pouplinière se piquait, en effet, d’écrire, il avait des ambitions littéraires; et Richelieu était un académicien, très influent et très remuant, alors que Roy n’avait aucune chance de figurer jamais au nombre des Immortels.

Voltaire s’était indigné de cette «infâme calote»,—le «prix des fêtes» données par les La Pouplinière—dont les traits acérés ricochaient sur son «héros», retenu à Dresde par son ambassade:

«Ne faudrait-il pas pendre, lui écrivait-il, le 24 décembre 1746, les coquins qui infectent le public de ces poisons? Mais le poète Roy aura quelque pension, s’il ne meurt pas de la lèpre dont son âme est plus attaquée que son corps.»

Or, ce «coquin» de Roy, quand il parlait de ce duc, «autrefois les délices» du financier «et le favori de l’Amour», rappelait, à mots couverts, (toujours la peur du bâton!) le scandale qui venait d’éclater, six mois plus tôt, chez le fermier général, dans son hôtel de la rue de Richelieu.

Depuis longtemps, des lettres anonymes, prévenant charitablement le mari de son infortune conjugale, pleuvaient à la maison de Paris et à la villa de Passy. Mais La Pouplinière haussait les épaules: il avait une telle confiance dans sa femme et dans son ami! Cependant, les informations devenant chaque jour plus précises, il avait fini par prêter l’oreille à la dénonciation verbale d’un familier, peut-être d’une femme dont la jalousie avait éveillé la vigilance[380].

[380] Nous avons emprunté tous les détails de la scène violente qui va suivre à une lettre inédite que nous avons découverte dans un manuscrit de la Bibliothèque Nationale (fonds français 13703, p. 95). Cette lettre était adressée, le 6 mai 1746, à Mme de Souscarrière, au château de Breuilpont, par Bachaumont, qui l’appelle «sa chère gouvernante».

Il fallait que sa quiétude ordinaire fût singulièrement ébranlée, car, dans un premier mouvement de dépit, il commença par défendre à sa femme de recevoir et même de voir Richelieu. Puis il la fit surveiller en secret; et, le 22 avril 1746, il apprenait qu’elle était allée rendre visite au galant «en petite maison». Elle rentra pour le souper: elle avait du monde ce soir-là. Son mari se montra d’assez méchante humeur; mais il était coutumier du fait; et personne ne parut s’en apercevoir.