... «De tous les gens que j’ai vus depuis que vous êtes parti, aucun ne m’a fait autant de plaisir que Guimont... Il m’intéresse beaucoup: il va vous revoir, vous parler, vivre avec vous dans cette familiarité que je désirerais tant, être au chevet de votre lit, à votre toilette, à l’Opéra, à dîner, à la guerre, à des fêtes, seule avec vous[383]

[383] Bulletin du Bibliophile, année 1882, pp. 419 et suiv.

On voit, dès les premières notes de cet hosanna d’amour, que Richelieu en usait avec Mme de la Pouplinière, ainsi qu’il en avait l’habitude avec ses autres maîtresses. Le commencement de ses lettres est comme une caresse, mais qui dure si peu! L’amant cède bientôt la place au courtisan, avide des nouvelles d’un pays vers lequel tendent toutes ses ambitions, ou tous ses regrets.

La fin de ces fragments signale l’entrée en scène d’un nouveau personnage qui ne mérite guère un tel honneur. Guimont était un cousin germain de Mme de Pompadour, à qui le crédit de la favorite avait valu d’être envoyé à Gênes, comme représentant de la France, et que son incapacité en fit rappeler. Il y fut en conflit avec Richelieu. Avait-il reçu pour mission secrète de le surveiller? Toujours est-il qu’après avoir accepté un rôle, comme chanteur, dans un «bel opéra», monté par Richelieu à Gênes, opéra qui devait coûter 50.000 livres, Guimont se retira sous sa tente, prenant parti pour une cabale féminine, dont le moindre grief contre le général en chef était d’entretenir un sérail de Gênoises[384].

[384] Mémoires d’Argenson, t. V, pp. 281 et suiv. (nov. 1748).

Pendant qu’il faisait ainsi «la guerre en dentelles», Richelieu ne se doutait guère de l’orage qui éclatait sur la tête de son amie.

La Pouplinière, toujours jaloux, toujours sur le qui-vive, épiant les moindres démarches de sa femme, avait conscience qu’il était trompé et ne pouvait prendre les coupables sur le fait. En vain la trahison d’une camériste de Mme de la Pouplinière, à qui Richelieu avait négligé de régler la pension viagère qu’il lui avait promise[385], avait révélé au mari les apparitions soudaines de l’amant chez sa maîtresse. Et le fermier général, exaspéré, se demandait comment le bourreau de son honneur parvenait à pénétrer dans son hôtel, sans que personne s’en aperçût. Enfin, un jour (le 28 novembre 1748), pendant que Mme de la Pouplinière assistait à une revue des uhlans du Maréchal de Saxe, passée dans la plaine des Sablons par leur commandant, le financier se décida à fouiller minutieusement l’appartement de sa femme, en compagnie de son avocat Balot et du fameux physicien Vaucanson[386]. Les deux maisons étant contiguës, il fallait, de toute nécessité, que Richelieu traversât, en quelque sorte, le mur mitoyen pour accéder à la chambre de sa maîtresse. Mais par quel passage?

[385] Journal de Barbier, IV, 327.

[386] Marmontel: Mémoires (édition M. Tourneux), t. I, p. 237.—Marmontel était un familier du fermier général.

Les investigateurs procédèrent par déduction (la méthode, comme on voit, n’est pas nouvelle), et leurs perquisitions les amenèrent devant la plaque de cheminée, qui, sous la canne de Vaucanson, sonna le creux. Le physicien, s’approchant pour mieux examiner, put constater que «la plaque était à charnière et que la jointure en était presque imperceptible».