—«Trois fois, Sire.»

Peu de jours après, le cœur gros de rancune, Richelieu dansait, trépignait, faisait vacarme, à la Muette, dans sa chambre au-dessus de l’appartement de la Marquise. Mais il est trop fin pour ne pas se rendre compte qu’il «n’a rien à gagner à se buter contre la maîtresse du roi». Louis XV peut l’appeler «son cher Richelieu», l’emmener pendant des heures dans son carrosse, prendre son avis sur toutes choses, ce favori, que hante le rêve de la première place dans l’État, doit se résigner, s’il veut l’atteindre, à ne plus rester en guerre ouverte avec la favorite[397]. Sans doute, pour le principe (car il faut sauvegarder les droits du protocole; et Richelieu, hier encore, avait à lutter contre les prétentions subversives du prince de Conti), ce sera toujours lui qui disposera des musiciens et autres gagistes de la Chambre, qui leur donnera des ordres ainsi libellés: «Un tel se rendra à telle heure pour jouer à l’Opéra de Madame de Pompadour.» Mais les deux théâtres, montés par le duc de la Vallière, n’en subsisteront pas moins: pendant les représentations, l’ami de la Marquise se tiendra derrière le fauteuil du roi pour recevoir les ordres du maître; et la blessure faite à son amour-propre par l’algarade du premier gentilhomme se cicatrisera sous le Cordon bleu.

[397] D’Argenson: Mémoires, t. V, pp. 357 et suiv.

Ce qui influa peut-être encore le plus sur les résolutions de Richelieu, ce fut la disgrâce foudroyante de Maurepas; non pas, comme a pu le croire un instant le duc de Luynes[398], que ces deux mortels ennemis se fussent enfin réconciliés; mais tous deux suivaient des voies parallèles pour parvenir à débusquer l’adversaire commun; seulement, Richelieu apportait à ses attaques «tant d’art, tant d’esprit, tant de politesse et même de galanterie pour Mme de Pompadour[399]», que celle-ci hésitait encore, pour s’en débarrasser, sur le choix des moyens. Mais, Maurepas, cependant si courtois d’ordinaire, se montrait plutôt sec et dur avec la Marquise. Il avait le génie de l’épigramme, et comme on l’a si souvent répété à propos de gens d’esprit, il eût sacrifié son meilleur ami à un bon mot. Aussi bien, pour n’en pas perdre l’habitude, il se sacrifia lui-même. Il décocha donc, un jour, ce quatrain contre la maîtresse du roi qui, en offrant une touffe de roses blanches au Bien-Aimé, les avait laissé s’éparpiller à terre:

Par vos façons nobles et franches,

Iris, vous enchantez nos cœurs.

Sur nos pas vous semez des fleurs,

Mais ce ne sont que des fleurs blanches[400].

[398] Journal de Luynes, t. X, p. 117.

[399] Ibid., p. 118.