[400] Maurepas qui cite le quatrain dans ses Mémoires (t. IV, p. 265) se défend de l’avoir composé; il l’attribue même à Richelieu et l’accuse tout au moins de l’avoir répandu à la Cour et à la Ville, après l’avoir... oublié sur la cheminée du roi.

Maurepas ne pouvait pas offenser plus cruellement sa victime. Il lui rappelait une infirmité qui l’éloignait souvent du roi et dont la continuité l’obligeait à chercher des distractions toujours nouvelles pour cet amant toujours blasé.

L’ordre d’exil qui, vers la fin d’avril, envoyait à Bourges le ministre disgrâcié, frappa la Cour de stupeur; et Richelieu ne put échapper à cette impression, comme le note le Journal de Luynes, à la date du 25:

«A cette même heure de huit heures du matin, M. de Richelieu était au Parlement pour la réception de M. de Belle-Isle. Il arrivait du petit château où il avait couché. Un homme d’esprit que je connais beaucoup et de qui je tiens ceci, trouva au Parlement un de ses amis qui lui dit: Regardez bien M. de Richelieu: il a l’air d’un homme qui n’est pas à lui-même; je ne serais point étonné qu’il y eût quelque chose sur M. de Maurepas. L’homme qui m’a conté ce fait, est très véridique et sans ostentation...»

Assurément le Maréchal ne fut pas autrement attristé de la catastrophe; mais elle lui donna à réfléchir[401]. Et d’Argenson signale le résultat de cette méditation d’un courtisan sur les vicissitudes de la bienveillance royale: «La réconciliation du favori avec la favorite est entière, cordiale, édifiante.» Mais celle-ci suspectait encore la sincérité de celui-là. Elle prétendait que Richelieu avait colporté l’épigramme incriminée. Et lui, quelques jours après, de s’écrier, devant l’insistance que Mme de Pompadour mettait à présenter le malencontreux quatrain comme la cause réelle de la chute de Maurepas: «Eh quoi! Madame, voulez-vous dire que le roi n’a chassé un ministre qu’à cause de ce qui vous était personnel et non à cause de sa mauvaise administration[402]

[401] Journal de Luynes, t. X, p. 117.—Les Mémoires authentiques de Richelieu qui consacrent tout un chapitre à la disgrâce du Comte d’Argenson, gardent le silence sur celle de Maurepas.

[402] D’Argenson: Mémoires, t. V, p. 457.

Il est certain que le secrétaire d’État au département de la marine avait assez mal rempli ses fonctions: sa légèreté n’avait d’égal que son scepticisme; et l’abandon, dans lequel il laissa les intérêts qui lui étaient confiés, ne fut pas étranger aux catastrophes navales qu’allait entraîner pour la France la guerre de Sept ans.

Et Richelieu connaissait si bien son Maurepas qu’il avait rédigé à l’adresse du roi un mémoire où il dénonçait l’indignité de son ennemi. Pour être plus sûr de l’atteindre, il avait confié son factum à la Marquise, en la priant de le remettre au prince. Or, Louis XV n’aimait pas à voir des figures nouvelles dans ses conseils de Cabinet, et Maurepas raconte que le roi lui donna ce réquisitoire en le qualifiant de «libelle[403]».

[403] Le «libelle» est inséré tout au long dans les Mémoires de Maurepas, t. IV, pp. 213-221.