Deux mois après, autre élection à laquelle Richelieu prend une part encore plus active. L’évêque Poncet s’était représenté contre l’abbé Leblanc, protégé par Mme de Pompadour. Mais, sur le désir de l’Académie, la Marquise abandonnait son candidat; et celui-ci cédait la place à Vauréal, évêque de Rennes, qui était persona grata à ce Boyer, ancien prélat et détenteur de la feuille des bénéfices, auquel Richelieu n’avait pas encore pardonné l’injure faite à sa sœur[421]. Aussi déclara-t-il, avec une singulière énergie, démentie, hélas! par ses propres errements, que la liberté des suffrages n’était plus exactement observée, que «certains se laissaient aller, non seulement à faire espérer leur suffrage, mais même à solliciter des sujets à se présenter, à aller solliciter avec eux les voix et à briguer en leur faveur...» Esclave de la tradition et fidèle au principe d’autorité, il estimait que l’Académie dépendait du roi et que le monarque avait seul qualité pour déterminer un choix. Richelieu demandait en conséquence une nouvelle loi pour réformer de tels abus. Il fallait que chacun déclarât s’il avait promis ou non sa voix, et que les délinquants fussent réprimandés en pleine Académie et suspendus, pendant six mois, de leurs fonctions.

[421] Journal de Luynes, t. X, p. 158.

Le cardinal de Luynes répliqua qu’il suffisait de commenter et d’améliorer la loi existante, d’affirmer surtout qu’un échec n’avait rien de déshonorant: autrement personne ne voudrait plus se présenter. L’Assemblée pencha pour ces mesures d’indulgence; et d’Olivet, qu’avait vivement apostrophé Richelieu, fut désigné pour faire partie d’une commission chargée de légiférer en ce sens. Boyer s’apprêtait à sortir, quand le Maréchal, le prenant par le bras, le ramena dans la salle des séances, pour lui recommander, au nom de l’Assemblée, d’inscrire sur la feuille des bénéfices l’ecclésiastique qui avait prêché, le jour de la Saint-Louis, dans la chapelle du Louvre, en présence de l’Académie.

—«Mais il est trop jeune, fit l’ancien évêque de Mirepoix.»

C’était la même réponse qu’en avait reçue jadis l’abbé de Bernis, alors solliciteur de bénéfices.

La séance avait été si orageuse, que Fontenelle, le directeur (il avait 92 ans), avait dû agiter à maintes reprises sa sonnette[422].

[422] Journal de Luynes, t. X, pp. 157-159.

Néanmoins le coup était porté; et, le 2 mars 1752, «l’Académie souhaitait que ce fût M. le Maréchal de Richelieu qui se chargeât de présenter les nouveaux statuts au roi, pour être par lui approuvés et devenir désormais la loi de l’Académie[423]

[423] Ibid., t. XI, pp. 457-458.

En juillet 1753, une intervention directe de Louis XV dans une élection, donnait amplement raison à la thèse de Richelieu, mais était suivie de nouveaux conflits. Piron, soutenu par Mme de Pompadour, avait posé sa candidature. Boyer apporta au roi, qui vraisemblablement la connaissait déjà, l’Ode à Priape; et le prince manda aussitôt le président de Montesquieu, directeur de l’Académie, pour qu’il signifiât à ses collègues le veto royal dont était frappée la candidature de Piron. En réponse à cette communication, Richelieu proposa (et son avis rallia la majorité) de remettre l’élection à dix jours: on aurait ainsi tout le temps de choisir un sujet digne de la Compagnie. Mais d’Olivet, son contradicteur habituel, protesta contre une procédure qu’il qualifiait «d’insolite et d’indécente». Le jour de l’élection (ce fut Buffon qui fut nommé), Richelieu rappela les mots insolite et indécent et demanda si, dans les règlements académiques, il n’existait pas de pénalités contre des termes aussi offensants: