CHAPITRE XXIII
Richelieu à la fois avare et prodigue. — Les affaires Girard et La Rivière. — Le canal Richelieu. — La Comédie à la Place Royale. — Comment le Maréchal fait connaissance de Casanova. — Courroucé, en apparence, contre les Réformés du Languedoc, il ferme les yeux sur leurs agissements. — Il est nommé gouverneur de la Guyenne. — Dernier retour agressif contre Mme de Pompadour; la jolie Mlle Hélie et la petite Murphy. — Un projet matrimonial de la Marquise.
Des préoccupations d’ordre plus personnel et d’intérêt moins élevé prenaient place dans la vie, toujours agitée, de Richelieu.
Qu’il ait réalisé d’énormes bénéfices dans les fluctuations quotidiennes de la banque de Law, comme tant d’autres grands seigneurs du temps, ou qu’il ait dédaigné de puiser à cette source de profits scandaleux—nous avons signalé les deux versions—il n’en reste pas moins constant que, par la suite, Richelieu ne se fit aucun scrupule de demander à l’agiotage les ressources qui lui étaient nécessaires, pour conserver son train de maison, ou réparer les erreurs de ses prodigalités. Il «vendait, achetait, spéculait, soutenait ses intérêts avec férocité[426]», afin de déployer à l’occasion un faste inouï, tout en se montrant parfois économe jusqu’à la lésinerie. D’Argenson, qui le raille volontiers de ses accès d’avarice, affirme qu’il renvoya un jour rudement le précepteur de son fils, pour n’avoir pas à lui payer ses émoluments.
[426] Thirion: Vie privée des financiers au XVIIIe siècle, 1895, p. 200.
Sans parler de ses contestations avec Mme de Marsan pour la succession de la maison de Guise[427], ni rappeler son interminable procès avec les propriétaires du Palais-Royal[428], nous voyons figurer son nom dans des affaires louches et même criminelles, qui comporteraient une autre solution que le silence où elles semblent s’évanouir.
[427] Journal de Luynes. T. XII, pp. 69-71.
[428] Barbier: Journal, t. V, p. 171 et t. VI, p. 197, septembre 1755.
Au mois d’août 1746, Richelieu écrit au lieutenant de police qu’un «sieur Chapotin», qu’il «ne connaît pas», a présenté «à son homme d’affaires un billet de 24.000 livres, signé de son nom et qui n’est pas de son écriture». Cette valeur avait été donnée en paiement à Chapotin; et Richelieu demande que «l’autorité» du magistrat «soit employée avec célérité pour trouver le coupable[429]».
[429] Bibliothèque de l’Arsenal: Archives de la Bastille 11594. Dossier J. Girard.