[438] Mémoires d’Argenson, t. VII, p. 192, mars 1752.

[439] Mémoires d’Argenson, t. VII, p. 383, 13 janvier 1753.

[440] Ibid., t. VIII, p. 118, septembre 1753.

L’intransigeance du haut clergé n’était pas un des moindres soucis de Richelieu; et déjà, le gouverneur du Languedoc, pour parer à l’obstruction des évêques, avait tenté d’entrer en pourparlers avec les représentants autorisés des religionnaires cévenols. Une lettre bien curieuse, empruntée aux Archives wallonnes et datée du 5 décembre 1752, témoigne de la diplomatie, en matière religieuse, du Maréchal, que soufflait très vraisemblablement dans la coulisse, son correspondant perpétuel, Voltaire[441]:

«M. de Richelieu, allant aux États et passant par Nîmes, dit à un gentilhomme catholique de cette ville-là, que la Cour avait de bonnes intentions à l’égard des protestants, mais qu’elle était embarrassée sur les moyens qu’il y avait à prendre pour les tranquilliser. Il ajouta: les Évêques sont des diables, et en même temps il chargea ce gentilhomme de réfléchir là-dessus et de conférer avec quelques protestants. En conséquence, quelques jours après, le même gentilhomme fut trouver un des membres du Consistoire de Nîmes, et, après lui avoir fait part de ce que dessus, il le chargea d’en conférer avec M. Paul (Rabaud[442]) et d’examiner avec lui ce qu’il conviendrait de faire, de dresser même un Mémoire à ce sujet, qu’il se chargerait, lui, gentilhomme, de remettre en personne à M. le duc de Richelieu, mais de demander dans ce Mémoire le moins qu’il se pourrait

[441] Archives Wallonnes (1734-1797).

[442] Paul Rabaud, né en 1718, se distinguait par un ardent prosélytisme. C’était le père du futur Conventionnel, Rabaud Saint-Étienne, lequel fut ministre, très populaire, de la religion réformée.

C’était encore trop, paraît-il, puisque la politique d’apaisement, préconisée par le gouverneur, n’avait pas trouvé d’écho, sinon à la Cour, du moins dans l’épiscopat. Et les ministres ne s’en étaient pas autrement préoccupés, car ils comptaient bien qu’attelé à cette tâche ingrate, leur adversaire s’éterniserait loin, bien loin, de Versailles.

Richelieu partit donc, en janvier 1754, chargé d’instructions très sévères contre les protestants: «Il donnait dans le panneau des évêques[443]», écrit d’Argenson; et de nouvelles persécutions s’annonçaient imminentes contre les réformés des Cévennes. Notre mémorialiste, abusé par les apparences, ne se doutait guère de la campagne qu’allait mener Richelieu, cet homme déconcertant, dont toute la vie fut un tissu de contradictions.

[443] Mémoires d’Argenson, t. VIII, p. 181.