[458] Comtesse d’Armaillé: La comtesse d’Egmont, p. 12.—Ce régiment de Septimanie avait été formé par Richelieu. Le roi en avait nommé Fronsac colonel, malgré l’opposition du prince de Dombes, opposition dont le Maréchal niait la légitimité (Journal de Luynes, t. V, p. 339).

C’était sur les instances de l’abbé de Bernis[459], à qui le Maréchal devait en grande partie, sa nomination, que celui-ci se rendait à Marseille, pour presser les préparatifs de l’expédition, fort retardés à Toulon, du fait de la Marquise, prétend Soulavie.

[459] Frédéric Masson: Mémoires et Correspondance du cardinal de Bernis (Paris, 1878, 2 vol.), t. I, p. 253.—Aussi Richelieu écrivait-il à Bernis, le 5 mai 1756, une lettre en partie autographe sur son expédition à Minorque (Appendice du t. I, p. 450. Archives des affaires étrangères, France, Série brune. T. DCXI).

Sans doute, quand Richelieu avait parlé à la Cour de prendre d’assaut Port-Mahon, ses ennemis l’avaient traité «d’étourdi et de présomptueux qui voulait la fin sans les moyens[460]».

[460] Mémoires d’Argenson, t. IX, p. 235.—D’après Campardon: Mme de Pompadour et la Cour de Louis XV, p. 207, la marquise aurait dit, en parlant de Richelieu: «Il lui faudrait quelque bonne disgrâce pour lui apprendre à ne douter de rien.»

Mais Mme de Pompadour tenait trop au succès d’une guerre, qui était la sienne, pour chercher à le compromettre, dans le seul but de ridiculiser le général chargé de diriger les opérations. Jusqu’alors, par une fatalité constante, Richelieu avait vu chacune de ses expéditions navales entravée, ou arrêtée, à l’heure même de son embarquement. Dans la circonstance présente, «il avait jeté feu et flammes, car il craignait, avec raison, d’être prévenu par les Anglais[461]». D’Argenson, et peut-être Belle-Isle, devaient être tenus pour responsables d’une telle négligence. Mais, heureusement, l’activité des Marseillais avait su rattraper le temps perdu; et, le 9 avril, Richelieu prenait la mer pour débarquer le 18, à Citadella, capitale de l’île[462]. Les grenadiers lui avaient réclamé l’honneur, suivant leur droit, de descendre les premiers à terre[463]. Et pendant que, au grand étonnement du gouverneur, Sir Blackney, demandant le motif d’une telle agression, les troupes françaises débarquaient sur la plage, «les députés, les magistrats et tous les corps de la ville» s’entassaient dans des chaloupes, «pour venir faire leur soumission» au Maréchal, qui avait envoyé M. d’Albaret, avec un tambour et quelques grenadiers, sommer Citadella de se rendre. Le matin, à la vue de la flotte, trois cents soldats anglais avaient quitté la ville[464], pour se renfermer dans le fort Saint-Philippe qui commandait la position de Port-Mahon, «place imprenable, s’il pouvait y en avoir», écrivait plus tard Richelieu.

[461] Mémoires et lettres de Bernis, t. I, p. 255.

[462] Journal de Luynes, t. XV, p. 39.—Raoul de Cisternes: La Campagne de Minorque, d’après le Journal du Commandeur de Glandevez (1899).

[463] Dugas de Bois-Saint-Just: Paris, Versailles et les Provinces (3 vol., 1817), t. II, p. 82.

[464] Journal de Luynes, t. XV, pp. 39-40.