[470] Journal de Barbier, t. VI, p. 335.

Fronsac gagna au triomphe de son père la croix de Saint-Louis et la survivance à la charge de premier gentilhomme de la Chambre.

L’allégresse fut générale dans tout le royaume, et Mme de Pompadour manifesta, la première, sa joie très vive de ce beau fait d’armes[471].

[471] Mémoires de Mme du Hausset (édition Barrière), p. 60.

Voltaire en délira presque. Il avait entretenu avec Richelieu, pendant la durée du siège, une correspondance suivie, dans laquelle il n’imaginait jamais de formules assez élogieuses, pour célébrer la gloire future de son héros. Mais, en homme pratique qui n’entend pas laisser au hasard le soin de régler ses affaires, en historien soucieux de sa documentation, il demandait au Maréchal, comme il l’avait déjà fait, en 1752, pour «ses Siècles[472]», un «petit journal de son expédition, qu’il «enchâsserait dans son Histoire générale qui va de Charlemagne jusqu’à nos jours[473]». Il avait une foi absolue dans le succès de l’entreprise. Il avait parié vingt guinées contre un Anglais qui voyait déjà Richelieu prisonnier de guerre[474]... Aussi Voltaire avait-il adressé au Maréchal un compliment en vers qui disait précisément le contraire[475], «prophétie» en train de courir tout Paris, du fait peut-être d’un «secrétaire bel esprit» de Richelieu[476]. Depuis la victoire du général en chef, il a déjà reçu des poèmes pour lui: «Je suis, s’écrie-t-il, le bureau d’adresse de vos triomphes[477]

[472] [473] [474] [475] [476] [477] Correspondance de Voltaire, 28 mars, 16 avril, 3 mai, 14 juin, 16 juillet 1756.

Mais ce qui fait encore le plus d’honneur à Voltaire, dans ce débordement de panégyrisme à outrance, c’est le noble empressement qu’il apporte à solliciter l’intervention de Richelieu en faveur du malheureux amiral Byng, traduit devant la Cour martiale qui l’enverra au supplice le 14 mars 1757. Voltaire écrit, dit-il, au nom d’un Anglais (c’était peut-être bien lui) qui réclame pour le vaincu le témoignage du vainqueur: «Un seul mot de vous pourra le justifier... Vous avez contribué à faire Blackney pair d’Angleterre; vous sauverez l’honneur et la vie de l’amiral Byng.» Richelieu ne se déroba pas à cette généreuse mission. Mais ce fut en vain[478]. L’Angleterre traitait ses amiraux battus, comme plus tard la Convention ses généraux en déroute. Le pacte avec la victoire ou la mort!

[478] Correspondance de Voltaire, 20 décembre 1756.

Si Voltaire avait écrit, le 16 août, au triomphateur, pour lui rappeler, à propos de «l’envie et de l’ignorance» qui avaient criblé d’épigrammes l’expédition, les injures dont Villars avait été accablé avant Denain, il ne prévoyait guère l’accueil réservé par la Cour à Richelieu, après la prise de Port-Mahon. Quelques jours auparavant, le Maréchal, usant d’un expédient qui lui avait déjà tant de fois servi, écrivait à d’Argenson le ministre, pour lui demander son rappel, sous prétexte que sa «santé était mauvaise[479]». En réalité, Richelieu savait, à n’en pas douter, que sa conduite et ses opérations à Minorque étaient durement critiquées. Sa maîtresse, la duchesse de Lauraguais, lui continuant, mais avec plus de clairvoyance, les bons offices de Mme de Tencin, le tenait au courant des intrigues nouées contre lui.

[479] Journal de Luynes, t. XV, p. 193, 16 août.