[485] Faur: Vie privée, t. II, p. 173.—D’après Soulavie (Mémoires de Richelieu, t. IX, p. 159), Mme de Pompadour se serait plainte, au contraire, que, dans cette période critique, le Maréchal n’avait pas eu pour elle «tous les égards qui lui étaient dûs».
La blessure du roi était insignifiante. Et l’amant revint à sa maîtresse, comme il était déjà revenu à Mme de Châteauroux.
La Marquise, plus que jamais en crédit, obtint l’exil de d’Argenson[486] aux Ormes et de Machault, qui l’avait trahie, dans sa terre d’Arnouville.
Mais le plus difficile restait à faire.
[486] Les Mémoires authentiques contiennent de très piquants détails sur la disgrâce de ce ministre, qui «se croyait sûr de faire chasser Mme de Pompadour, parce que, pensait-il, le roi ne le renverrait jamais»; tel ce dialogue entre Richelieu et Maillebois, neveu de d’Argenson: Maillebois, d’un ton joyeux: «Le Machault vient de partir.—Richelieu: Et votre oncle aussi.»
La situation intérieure de la France était singulièrement troublée depuis cinq ans. Les querelles religieuses l’emportaient, par moments, sur les conflits politiques, quand elles ne les déterminaient pas. Le jansénisme, en majorité au Parlement, luttait contre le haut clergé, qui, depuis les premières années du XVIIIe siècle, entendait imposer à tous les fidèles, d’accord avec le Gouvernement, une adhésion sans réserves à la Constitution Unigenitus, œuvre de la diplomatie Vaticane. La résistance s’était surtout accentuée en 1752. Pour la vaincre, les évêques avaient interdit aux curés de donner les sacrements aux jansénistes. Versailles avait pris parti pour l’épiscopat. Et cependant nombre de courtisans—Richelieu tout le premier—étaient plutôt imbus de l’esprit philosophique, en opposition avec l’intolérance cléricale. Mais il fallait sauvegarder quand même le principe d’autorité, partant la religion officielle, puisque le Gouvernement approuvait la campagne des évêques. Or, le Parlement la combattit et bientôt, devant le refus du roi d’accueillir ses remontrances, cessa de rendre la justice (5 mars 1753). Les conseillers, exilés à Pontoise, ne furent rappelés qu’en 1754, mais ils n’avaient pas désarmé; et quand la guerre éclata en 1756, ils se défendirent d’enregistrer les nouveaux impôts réclamés par le ministère. Il fallut recourir à de nombreux expédients pour trouver les ressources qu’exigeaient les circonstances. Mais, après l’attentat de Damiens, le Gouvernement dut passer par de nouvelles épreuves.
Beaumont, l’archevêque de Paris, voulait alors faire d’une pierre deux coups. Devant l’effroi du monarque qui s’était cru, sur l’heure, mortellement frappé, il s’était demandé s’il ne pouvait recommencer l’éviction de Metz; et d’autre part il n’avait pas craint de dire que «le crime avait été commis par trahison et de dessein prémédité dans le Palais». Le Parlement n’aurait su être mieux visé[487].
[487] Mémoires historiques et anecdotes de la Cour de France, par Soulavie, 1802, p. 335.
Mme de Pompadour, qui se sentait atteinte, obtint du roi l’exil de l’archevêque. Mais Louis XV, avant de le faire signifier au prélat, avait envoyé auprès de lui Richelieu en négociateur. C’était déjà, en cette qualité, qu’il avait été accrédité par le roi auprès du premier président, lors de l’exil des parlementaires à Pontoise. Et cette mission, qui réussit, n’avait pas laissé que d’être laborieuse. Les procureurs généraux, que le Maréchal avait choisis comme intermédiaires, répétaient à l’envi que le roi s’était compromis par son coup d’autorité.
Richelieu fut moins heureux avec Beaumont. Il le pria, au nom du prince, de se montrer plus conciliant, de donner la paix à l’Église et de ne plus insister sur la production des billets de confession qu’on exigeait des agonisants; il lui promit, en échange, de réprimer les écarts du Parlement.