—«Qu’on dresse un échafaud au milieu de ma cour, répliqua fièrement le prélat, et j’y monterai pour soutenir mes droits... car ma conscience ne me permet aucun accommodement.»
Richelieu riposta à l’archevêque que sa conscience était une lanterne sourde qui n’éclairait que lui.—Et Louis XV «abandonna Beaumont à son conseil[488]».
[488] Mémoires historiques et anecdotes de la Cour de France, par Soulavie, 1802, p. 335.—Soulavie: Mémoires de Richelieu, t. VIII, pp. 306 et suiv.
La Marquise eût donc été mal venue à maintenir d’anciens griefs contre un galant homme qui paraissait avoir oublié tous les siens[489], puisqu’il venait de servir avec un tel désintéressement la cause et les intérêts de Mme de Pompadour si violemment attaquée par de puissants ennemis. Ne devait-elle pas, au contraire, le payer de retour? Et l’occasion s’en présentait, personne n’ignorant que Richelieu brûlait d’aller conquérir de nouveaux lauriers au-delà du Rhin. On prétendait que la duchesse de Lauraguais cabalait, sans relâche, en faveur de son amant, furieux[490] de la nomination du Maréchal comte d’Estrées, comme généralissime des troupes françaises en Allemagne; mais une influence, autrement prépondérante, était acquise à Richelieu[491], celle du fournisseur des armées, Pâris-Duverney. Ce «général des farines», ainsi que l’avait appelé le Maréchal de Noailles, était très écouté dans les Conseils du roi, d’autant qu’il était grand ami de Mme de Pompadour[492]. Il se piquait de connaissances militaires que faisait valoir une éloquence ardente et persuasive; c’était son plan dans l’expédition de Minorque qui, paraît-il, avait été adopté; et, naturellement, il en proposait un autre pour la guerre contre la Prusse et ses alliés, auquel Richelieu accordait ses préférences, et qu’il suivrait, sans nul doute, s’il remplaçait d’Estrées.
[489] Le seul reproche qu’il lui faisait, c’était «d’avoir été trop faible pour ce monstre de d’Argenson.» (Soulavie: Mémoires de Richelieu, t. IX, p. 162.)
[490] Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis (édit. Frédéric Masson), t. I, p. 391.
[491] Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis (édit. Frédéric Masson), t. I, p. 392. «Pâris-Duverney, depuis la mort des Maréchaux de Saxe et de Löwendahl, et la prise de Minorque, s’était mis en tête que le Maréchal de Richelieu était aussi homme de guerre qu’homme de cour et d’intrigue.»
[492] «L’homme de confiance», dit Mme du Hausset (Mémoires, p. 126).
Mais, pour que le projet aboutît, il fallait, de toute nécessité, une réconciliation publique, partant éclatante, entre la Marquise et son ancien adversaire.
Le... cérémonial en fut réglé, de manière à ménager l’amour-propre des deux parties: