[518] Mémoires et Lettres de Bernis, t. II, p. 127. Lettre à Stainville du 8 octobre 1757.

Les Hessois et les Brunswickois, écrit Valfons, commençaient à sortir des marécages de Stade, quand Richelieu en arrêta le mouvement. La Cour n’envoyait pas de ratifications, et réclamait le désarmement préalable. Le Maréchal chargea son fidèle Valfons de le négocier; mais celui-ci se heurta au refus formel du général Donep: «Les fusils de nos soldats ne sont pas des quenouilles», riposta l’officier allemand. Il laissa cependant entendre qu’il céderait à la violence[519].

[519] Marquis de Valfons: Souvenirs, (2me édition Émile-Paul) p. 290.

D’autre part, Richelieu engageait, dans les premiers jours de novembre, une correspondance des plus suivies et des plus animées avec le landgrave de Hesse et le duc de Brunswick, avec Zastrow «général en chef de l’armée de S. M. Britannique, depuis le départ de S. A. R. Mgr le duc de Cumberland», avec Bernis, avec le ministre de Brunswick et Lynar, le plénipotentiaire danois[520].

Ces documents, qu’il serait trop long de publier et même d’analyser, sont cependant des plus instructifs. Ils reflètent à souhait l’état d’âme des divers personnages qui les ont signés: quelques lignes suffiront à définir leurs mentalités respectives.

Craignant, dans son amour-propre de soldat et de gentilhomme, d’avoir été pris pour dupe, Richelieu réclame instamment l’exécution des articles de la Convention. S’il ne reçoit pas une satisfaction immédiate, il menace les ministres de Hanovre et de Hesse de «brûler leurs maisons et même les maisons royales», de dévaster et de saccager le pays. Quand «la parole d’honneur est faussée, écrit-il, ce procédé est légitime et nécessaire, quelque répugnance qu’il ait naturellement de ces sortes de violence et de faire souffrir les innocents[521]».

[520] [521] Bibliothèque de l’Arsenal, manuscrit 4518. Papiers Montboissier.

La réponse du landgrave de Hesse est marquée au coin de la mauvaise foi la plus insigne: le prince gémit sur les exactions dont souffre son pays depuis la guerre; et, ruiné comme ses sujets, il ne saurait se passer des subsides que lui consent la Grande-Bretagne, en échange de ses troupes. Or, l’Angleterre ne reconnaissant pas une Convention conclue sans sa participation, il est bien obligé d’en décliner les obligations. Il n’est pas inutile de remarquer que le landgrave avait longtemps amusé le Maréchal avec l’idée de louer ses mercenaires au roi de France[522].

Le Général de Zastrow se distingue, dans ses lettres, par une raideur voisine de l’insolence. Il reprend tout simplement la thèse du landgrave sur les exactions commises par l’armée française; et il prétend qu’«elles fournissent les titres les plus légitimes et autorisent le roi d’Angleterre à s’estimer dégagé de toutes les obligations» ressortissant à la capitulation de Closter-Seven[523].

Seul, le duc de Brunswick (et encore Bernis le traite-t-il de faux bonhomme) avait protesté dans un «rescrit aux ministres de Hanovre» contre une rupture à laquelle ils voulaient le forcer: il leur reprochait durement de manquer à leurs engagements et il «ne connaissait puissance au monde», qui fût en droit de disposer de sa parole de prince et de ses promesses[524].