[522] [523] [524] Bibliothèque de l’Arsenal, manuscrit 4518, Papiers Montboissier.

Dans le recueil de documents que nous venons de signaler, se trouve une lettre de Richelieu à Bernis, où s’affirme, avec l’intention très nette du Maréchal d’en finir avec ces atermoiements, son irritation persistante contre le ministre des affaires étrangères, irritation dont celui-ci s’amusait à lire les traces «sur le visage de Mme de Lauraguais».

«Vous croyez un peu trop, dit Richelieu à Bernis, que 50 ou 60.000 hommes peuvent avec facilité en jeter dans l’eau 40.000, d’ailleurs bien postés[525]...»

[525] Bibliothèque de l’Arsenal, ms. 4518.—Dans une très longue note que Soulavie (t. IX, pp. 188 et suivantes) prétend émaner de Richelieu et qui est une justification personnelle de la conduite du Maréchal pendant son expédition du Hanovre, nous retrouvons cette phrase si caractéristique. (Dépêche de Richelieu à Bernis du 16 Novembre.)

Après cette réplique à des récriminations incessantes sur «la malheureuse capitulation», le Maréchal reconnaît cependant que la Convention est bien menacée, mais que les hommes d’État, responsables de cette prochaine rupture, voudraient en esquiver les risques jusqu’à l’arrivée d’une armée de secours d’Angleterre, et même de Prusse. Aussi s’efforcent-ils d’obtenir de lui une audience par l’intermédiaire de Lynar: «Mais je n’écrirai plus, dit-il, et je marcherai toujours[526]

[526] Bibliothèque de l’Arsenal, mss. 4518.

Il n’en était pas moins victime d’une trahison dont le roi de Prusse avait dû encourager et peut-être provoquer l’initiative; et quoiqu’il eût maintenant, trop tard à son gré, ratification et pleins pouvoirs, il se heurtait à une fin de non-recevoir, qui se traduisait bientôt par la reprise des hostilités: les troupes hanovriennes et hessoises s’opposaient, les armes à la main, au mouvement de retraite dessiné par le contingent du duché de Brunswick.

Le désastre de Rosbach commençait à porter ses fruits. En effet, pendant que Richelieu se débattait énergiquement contre la fourberie anglo-allemande, Frédéric avait si bien manœuvré que, le 5 novembre, attaqué à Rosbach par les forces réunies de l’imprudent[527] Soubise et du prince de Saxe-Hilderburghausen, il les avait mises complètement en déroute; au milieu de l’action, l’armée des Cercles s’était lestement esquivée—... expédient militaire, qui devait, par la suite, passer à l’état d’habitude chez les Saxons.

[527] Belle-Isle avait expressément recommandé à Soubise d’éviter tout engagement avec Frédéric; et Richelieu avait écrit à ce même Soubise de se méfier du roi de Prusse.

«M. de Soubise, écrit le marquis de Valfons, avait toujours demandé à M. de Richelieu de faire deux marches en avant qui auraient sûrement empêché le roi de Prusse de venir sur lui; mais M. de Richelieu avait un ordre si précis de ne pas dépasser Halberstadt, que défense expresse était faite aux munitionnaires de le fournir de pain, s’il voulait aller plus loin[528]