[528] Marquis de Valfons: Souvenirs, (2me édition Émile-Paul), pp. 313 et suiv.
Il avait perdu ainsi près de deux mois et retrouvé devant lui, fortement reconstituée, cette armée de 40.000 hommes qu’il avait tenue sous le joug à Closter-Seven. C’était le prince Ferdinand de Brunswick, désigné pour remplacer le duc de Cumberland retiré à Londres, qui la commandait et commençait déjà à menacer le duc d’Ayen.
Bernis, toujours disposé à blâmer quand même Richelieu, prétend que le désastre de Rosbach n’eût pas tiré à conséquence, si le Maréchal s’était porté sur la Saxe avec toutes ses forces: il disposait de 70.000 hommes, alors que le roi de Prusse n’en comptait que 30.000. Bernis lui reproche d’avoir, en «séparant» son armée, perdu l’occasion d’en finir avec l’ennemi. Richelieu avait assurément trop attendu et trop hésité, lui l’homme des coups de main. Mais quelles n’étaient pas ses responsabilités!
Depuis que Soubise opérait en Allemagne, Mme de Pompadour, qui rêvait pour lui des splendeurs d’apothéose, ne trouvait jamais que son favori eût une armée assez puissante pour écraser définitivement l’homme dont elle avait encore sur le cœur les humiliants sarcasmes. Estimant que Richelieu ne se pressait guère d’envoyer des renforts à Soubise, elle n’avait cessé de soutenir que l’indifférence du Maréchal livrait le prince, pieds et poings liés, au roi de Prusse. Richelieu, excédé, s’était enfin décidé à diriger une partie de ses troupes—et plus qu’il n’en fallait—sur l’armée de Soubise. Il ne lui restait plus que quarante bataillons, le jour où Ferdinand de Brunswick, entrant résolument en campagne, au lendemain de Rosbach, déchirait non seulement d’un coup d’épée la capitulation de Closter-Seven, mais allait bientôt mettre en péril le soldat qui l’avait imposée. Et Bernis, à cette heure, loin de blâmer l’attitude de Richelieu, la louangeait dans la dépêche qu’il adressait, le 14 novembre, à Stainville:
«M. de Richelieu s’est conduit en homme de courage et de tête. Il a marché à la rencontre de notre armée et paraît avoir prévu tout ce que le roi de Prusse pouvait entreprendre contre lui... Ainsi il faut attendre les événements, mais notre amie est bien à plaindre.»
Mme de Pompadour ne l’avait, hélas! que trop voulu.
Ce fut, dès lors, entre Ferdinand de Brunswick et Richelieu, une sorte de duel, où celui-ci eut la sagesse de rompre toujours. Mais, de marches en contre-marches, il recula de Lunebourg jusqu’à Zell. Cependant, à un moment donné, les deux armées se trouvèrent en présence. Le Maréchal venait de recevoir des troupes fraîches; il voulut franchir la rivière qui le séparait des Hanovriens: ce fut alors Ferdinand qui se déroba[529].
[529] Frédéric II (Mémoires, édit. Boutaric et Campardon, 1866, t. I, p. 529) avoue l’échec de Ferdinand.
Richelieu prit alors ses quartiers d’hiver «dans des citadelles inexpugnables», écrivait-il au roi; mais, fidèle à une politique que fortifiaient ses accès périodiques de mauvaise humeur et la mobilité habituelle de son esprit, quand il était parti depuis quelque temps en expédition, il n’eut de cesse que Louis XV ne le rappelât. De guerre lasse, le roi lui donna pour successeur un prince du sang, le comte de Clermont, qui se distingua surtout par son incapacité.