CHAPITRE XXVII
Préventions de Bernis contre le Maréchal. — Encouragements de Stainville à Richelieu. — Mme de Pompadour reprend la lutte. — Le petit père La Maraude. — Retour de Richelieu à la Cour. — Ses entrevues avec le Maréchal de Belle-Isle et Bernis. — Richelieu fut coupable d’exactions, mais il ne fut jamais un traître. — Romans prussiens. — Richelieu renonce à la vie militaire et part pour son gouvernement de Guyenne. — Son entrée triomphale à Bordeaux.
Le 19 janvier 1758, Bernis expliquait ainsi à Stainville le rappel du Maréchal:
«Je suis fâché que M. de Richelieu, par son obstination à revenir ici, et le peu d’ordre et de volonté qu’il a su mettre dans ses opérations et dans son armée, ait fait décider son retour. Vous savez que le roi ne se souciait pas de l’envoyer. Il a de bonnes choses, mais il faut avouer que la tête lui tourne aisément, qu’il ne veut rien faire que ce qu’il a imaginé et qu’il a plus songé, cette campagne, à faire la paix qu’à pousser la guerre avec vigueur. M. de Clermont vaudra-t-il mieux?... M. de Richelieu va bien fronder ici et cabaler. Je lui conseillerais le contraire. Il devrait aller à Richelieu quelque temps[530].»
[530] Mémoires et Lettres de Bernis (édit. Frédéric Masson), t. II, p. 168.
Évidemment, pour Bernis, c’était la meilleure des solutions: car il se doutait bien que Richelieu rentrait en France, le cœur ulcéré et méditant de retentissantes vengeances. Cependant Stainville, si les lettres qu’en publie Soulavie dans les Mémoires de Richelieu sont authentiques, avait cherché à calmer le dépit et le ressentiment du Maréchal, en flattant sa vanité et en l’assurant des plus augustes sympathies; du même coup, à vrai dire, il désavouait, mais discrètement, son ministre et ami[531]:
«Votre position, qui vous affecte, est la plus brillante de l’Europe... on clabaudera toujours à Versailles contre ceux qui font quelque chose[532].»
[531] Au dire de Soulavie (Mémoires de Richelieu. T. IX, p. 239) Stainville représentait à Marie-Thérèse l’abbé de Bernis comme un homme dangereux ou découragé, qu’il fallait chasser par conséquent de sa place...
[532] Soulavie: Mémoires du Maréchal de Richelieu, t. IX, pp. 202 et suiv. Déjà Stainville, à la nouvelle de la Capitulation de Closter-Seven, avait envoyé à Richelieu ses félicitations et celles de la Cour de Vienne. Et même il ajoutait: «Il faut profiter du mois d’octobre pour faire évacuer l’Elbe au roi de Prusse; vous serez, de tous côtés, Monsieur le Maréchal, le vainqueur de ce fleuve.»
Stainville était plus explicite encore dans sa lettre du 3 décembre: «J’ai déjà eu l’honneur de vous mander, Monsieur le Maréchal, que vous êtes à merveille ici; et je dois ajouter que l’Impératrice et M. de Kaunitz ont été les premiers à me dire qu’il était de toute nécessité que vous restassiez seul commandant des forces du roi en Allemagne[533]...»