Bernis annonçait, le 4 février, à Stainville, l’arrivée imminente de Richelieu: «Il paraît assez philosophe. Dieu veuille qu’il soit sage quand il sera ici!»
On le vit surtout aigri, mécontent et soucieux de dégager sa responsabilité de l’issue désastreuse d’une campagne, que ses débuts laissaient pressentir si belle et si fructueuse pour la France.
Luynes et Bernis ont présenté, chacun à leur manière, ce retour d’un vainqueur dont l’effort était resté stérile.
Dans son Journal de janvier 1758, Luynes ne se fait pas faute d’admirer les dispositions prises par Richelieu au terme de ses opérations militaires. Le mois suivant, il montre le courtisan au coucher du roi, accueilli par le prince avec une rare bonté. Le 8 mars, Richelieu, accompagné de son cousin d’Aiguillon, va rendre visite, «par devoir», au Maréchal de Belle-Isle. Il est vrai qu’avant de partir pour l’armée, il avait déclaré ouvertement qu’il ne voulait «dépendre en aucune manière de lui, ni prendre ses conseils[542]». De fait, de toute la campagne, il n’avait daigné correspondre avec Belle-Isle[543]; mais, celui-ci, depuis le 29 février, remplaçait Paulmy, secrétaire d’État à la Guerre pendant treize mois. Richelieu était donc tenu à plus de circonspection.
[542] Luynes: Journal, t. XVI, 3 mars 1758, p. 387.
[543] Ibid., 18 mars 1758, p. 389.
De même, il ménageait Bernis qu’il voyait chaque jour; si parfois il s’en plaignait, c’était secrètement; car, en public, il ne lui prêtait, ni méchants propos, ni manœuvres malveillantes à son égard: il savait trop bien, affirmait l’abbé, que «je l’avais traité comme un ami, tandis que, comme ministre des affaires étrangères, je pouvais demander qu’il fût puni[544]». Bernis, dans un entretien avec Luynes, attribuait, en effet, à Richelieu seul, l’avortement de la Convention de Closter-Seven. Mais le Maréchal avait informé Belle-Isle qu’il comptait remettre au roi un mémoire explicatif, où il lui exposerait sa conduite au cours de l’expédition et dans quelle situation il avait laissé l’armée.
[544] Bernis: Mémoires et Lettres, t. II, p. 34.
Quelques jours après, il portait le double de ce travail au ministre; et, dans cette seconde visite qui dura trois quarts d’heure, Richelieu fit preuve de la plus aimable courtoisie: c’était, disait-il, «à la personne et non à la place qu’il entendait rendre ainsi ses devoirs[545]». C’était aussi afin de remercier une fois de plus Belle-Isle de l’emploi qu’il avait trouvé pour Fronsac, nommé tout récemment brigadier.
[545] Luynes: Journal, t. XVI, 18 mars, p. 390.