Déjà, Bernis, lorsqu’il avait raconté à Stainville comment il avait éconduit Mirabeau, s’était plaint de l’insistance apportée par Richelieu à contrecarrer «l’affermissement du crédit» de la Marquise.

Le Maréchal n’était cependant pour rien dans l’intrigue de Balbi-Maussac. Il ne le fut pas davantage dans celle du Suisse Gampert, où il devait néanmoins jouer un rôle, plutôt désagréable pour Frédéric, qui était bien le metteur en scène, dans la coulisse, de ces misérables imbroglios. Mais Bernis avait trouvé le moyen de les enchevêtrer encore, en les confondant; et ce n’était certes pas dans l’intention de rendre service au Maréchal, car il écrivait, le 8 novembre, à Stainville: «M. de Richelieu a vu un émissaire du roi de Prusse, qui est impliqué dans l’affaire de Newied: il ne l’a pas fait arrêter, quoiqu’il soit venu à son armée sous un faux passe-port: tout cela donne matière à des soupçons faux, à ce que je crois, mais vraisemblables. Il me faudra écrire des mémoires pour détruire toutes ces chimères. M. de Richelieu a trouvé l’homme qu’on croyait son secrétaire et qui avait proposé la principauté de Neuchâtel pour Mme de Pompadour. Nous lui mandons de nous l’envoyer à la Bastille.»

Il fait bon de consulter les Archives de la Bastille, quand il s’agit de ces aventuriers, ou tout au moins d’«hommes à projets», dont regorgea le XVIIIe siècle, et qui peuplèrent, à cette époque, la prison d’État.

Nous découvrons, en effet, dans cette mine de documents, à côté du dossier Balbi-Maussac[553], signalé par le comte Palluat de Besset, celui de Gampert, l’intrigant[554], qui (le Gouvernement dut le reconnaître) n’était l’associé, ni de Balbi, ni de Maussac.

[553] Bibliothèque de l’Arsenal: Archives de la Bastille 11969. Dossier de Barbut de Maussac indiqué par M. Palluat de Besset.

[554] Bibliothèque de l’Arsenal: Archives de la Bastille 11998. Dossier de Gampert.

La fiche qui le concerne et les documents qui l’accompagnent rétablissent la vérité des faits.

Ce Gampert, qui s’était présenté au camp de Richelieu, pourvu ou non d’un faux passe-port, comme les Balbi et les Maussac, n’en avait pas moins été arrêté, en octobre, dans la ville de Hanovre, par les soins du Maréchal, puis dirigé sur Strasbourg, et enfin conduit à la Bastille, le 24 juillet 1758[555].

[555] Gampert sortit de la Bastille le 24 janvier 1759, et fut immédiatement reconduit à la frontière avec «un ordre d’exil».

Il avait mis, comme on voit, plus de neuf mois pour arriver à sa destination.