Pontchartrain, naturellement grincheux, tance vertement Bernaville d’avoir laissé la conversation dévier sur ce terrain; et Fronsac qui prend connaissance de la semonce ministérielle, exprime tous ses regrets au pauvre gouverneur de lui avoir attiré cette mercuriale. D’ailleurs, il retourne maintenant chez Bernaville, où la jeune duchesse, ainsi que M. et Mme de Richelieu, viennent de nouveau lui rendre visite. Et le digne fonctionnaire constate, une fois de plus, que «les marques de la petite vérole, quoique nombreuses, ne le défigurent point[46]

[46] Ibid., (lettre du 17 novembre).

A quoi tiennent pourtant les destinées d’un empire... dans le monde galant! Supposez Fronsac «picoté»—c’était le terme—de petite vérole, comme l’était Bernaville. Richelieu, séducteur professionnel du XVIIIe siècle, n’existait pas.

Il resta sept mois encore à la Bastille. Enfin, quand Louis XIV eût jugé l’expiation suffisante, le prisonnier adressa, le 16 juin 1712, ce placet à Pontchartrain: «Mon père, qui est ici, a la bonté de vouloir bien consentir à mon élargissement, et m’ordonne de vous supplier de vouloir bien le demander au roi. Je tâcherai de mériter toutes les grâces qu’il m’a bien voulu faire et de montrer qu’une telle retraite m’a bien changé par les solides réflexions que j’ai faites. Permettez-moi de vous remercier de toutes les obligations, etc.»

Le père avait écrit, en apostille, qu’il était «convaincu des bonnes dispositions de son fils».—Ah! le bon billet!...

Trois jours après, Fronsac sortait de la Bastille. Dangeau, qui assigne la même date à la mise en liberté du coupable repentant, ajoute: «Richelieu, son père, a fait payer toutes ses petites dettes et pris du temps pour les plus considérables[47]

Était-ce donc la véritable cause d’une détention qui dura quatorze mois? Nous en doutons; et nous constaterons simplement, pour mémoire, que la duchesse de Bourgogne était morte le 12 février précédent.

[47] Dangeau: Journal, t. XIV, p. 177.


CHAPITRE III