[73] Correspondance de la duchesse d’Orléans (éd. Brunet), t. II, p. 83. Lettre du 30 mars 1719.

La colère de la «grand’mère» (et cette fois, c’était la duchesse douairière d’Orléans) allait prendre de tout autres proportions, le jour où il devint impossible de dissimuler que Mlle de Valois menaçait de suivre l’exemple de Mlle de Charolais.


CHAPITRE VI

La Conspiration de Cellamare. — Malgré ses dénégations, Richelieu avait pactisé avec l’Espagne. — Son arrestation tardive et mouvementée. — Il est enfermé pour la troisième fois à la Bastille. — Rigueur, dans le début, de son incarcération. — Animosité de la Palatine contre «le gnome». — Intervention des deux princesses en faveur de Richelieu qui obtient de notables adoucissements. — Le duo d’Iphigénie. — Véhémente indignation de la Palatine contre sa petite-fille. — A quel prix celle-ci obtient la grâce et la liberté de Richelieu. — La duchesse de Modène.

La haine de la duchesse du Maine contre le Régent qui avait fait casser, au détriment de son mari, le testament de Louis XIV; la rancune de grands seigneurs éloignés du pouvoir; le calcul d’ambitieux, s’efforçant d’y parvenir, avaient singulièrement servi les desseins, dont le cardinal Alberoni, premier ministre du roi d’Espagne, avait confié l’exécution au prince de Cellamare, ambassadeur de Philippe V en France.

Ce diplomate, s’aidant de ces diverses complicités, devait faire arrêter le duc d’Orléans, au milieu d’une fête, l’envoyer dans une forteresse, et lui substituer, comme Régent, le roi d’Espagne, grand-oncle du jeune Louis XV.

Plusieurs causes contribuèrent à l’avortement de ce complot: les révélations du copiste Buvat, chargé par Cellamare de transcrire des documents dont la teneur lui avait paru suspecte; la curiosité d’une proxénète qui avait surpris certaines confidences échangées dans les salons de sa maison close et les avait communiquées à l’abbé Dubois, ministre du Régent; l’échec d’un coup de main dirigé contre le duc d’Orléans; enfin l’arrestation du courrier porteur des dépêches de l’ambassadeur d’Espagne et la saisie de lettres d’Alberoni qui ne laissaient aucun doute sur les projets du Cardinal, ni sur l’identité des conspirateurs.

Ce fut en décembre 1718 que la conjuration fut découverte, et tout aussitôt le prince de Cellamare, le duc et la duchesse du Maine, et avec eux nombre de complices[74] de divers états, étaient arrêtés et incarcérés.

[74] On avait dressé une liste de 150 suspects (Général Piépape: La Duchesse du Maine, 1910, p. 237).