[90] Général Piépape: La duchesse du Maine, 1910, p. 237.

Mais il avait affaire à forte partie. D’Argenson, d’accord avec ses deux compères Dubois et Le Blanc, secrétaire d’État au département de la Guerre, avait avidement examiné les papiers saisis chez Richelieu, toute une cassette de billets doux, paraît-il; et, le 4 avril, leur destinataire se voyait obligé à comparaître pour la seconde fois, devant le garde des sceaux, bien décidé à ne reculer devant aucune manœuvre pour arracher des aveux au prévenu. On prétendit qu’au troisième interrogatoire, il avait, de ses yeux effroyables, et de sa voix, non moins atroce, désigné au jeune duc la place où Biron avait été décapité. «M. de Richelieu avoue tout», écrit un correspondant de la marquise de Balleroy, Caumartin de Boissy, que ses rapports d’amitié et de famille avec les d’Argenson pouvaient autoriser à de telles confidences[91].

[91] Les Correspondants de Mme de Balleroy, t. II, p. 43.

Nous trouvons une version bien différente dans les Mémoires de Mlle de Launay, la femme de chambre de la duchesse du Maine, enfermée elle-même à la Bastille comme un des agents les plus actifs de cette conspiration qui était beaucoup plus celle de sa maîtresse que celle de Cellamare:

«Malgré les traitements les plus durs, rapportent ces Mémoires, malgré les interrogatoires longs et fréquents que subit M. de Richelieu et toutes les adresses qu’on employa pour le surprendre, jusqu’à des lettres contrefaites d’une princesse qui s’intéressait à lui, on ne put se rendre maître de son secret[92]

[92] Mémoires de Mme de Staal (Mlle de Launay) édition Lescure, t. I, p. 227.

Du reste, la nouvelle de son arrestation, le récit, plus ou moins exact, de son séjour à la Bastille, avaient singulièrement ému l’opinion publique, satisfait sans doute de nombreuses rancunes, mais aussi attristé bien des cœurs et fait pleurer bien des beaux yeux.

Villars en éprouva une profonde affliction; et, quoique, dans ses Mémoires, il ne ménage pas les critiques au roué impénitent, on sent qu’il ne peut se défendre d’une vive sympathie pour l’adolescent qui avait fait ses premières armes sous ses ordres.

«Fort coquet, peu fidèle, on n’a pas vu de jeunes hommes faire plus de conquêtes et de plus distinguées...»

Il remarque que Richelieu «jouait très gros jeu»; et il se demande, avec une pointe de malice, comment, au milieu d’occupations si variées et si encombrantes, ce parfait courtisan avait trouvé le temps de conspirer. Il constate, lui aussi, la présence d’esprit du prisonnier qui ne se laisse pas embarrasser par les questions du garde des sceaux[93].