[104] Mémoires de Villars, t. III, p. 133.

Et Dubois, l’âme damnée du Régent, lui reprochait une clémence, qui n’était, au fond, qu’un adroit marchandage.

Ce père de famille, d’une insouciance notoire, trouvait cependant que Mlle de Valois était d’un placement difficile. Il avait récemment choisi pour gendre le prince de Piémont. Mais Madame «avait eu la bêtise» de jouer à l’épistolière avec l’histoire de cette porte de communication ouverte entre l’appartement de sa petite-fille et la maison de Richelieu. Comme de juste, on en avait jasé et... le mariage s’était rompu[105]. Mais voici qu’au lendemain de cet échec, la découverte de la conspiration de Cellamare offrait au Régent une occasion inespérée de se débarrasser enfin de sa fille. C’était cette fois, au duc de Modène, peu ou prou renseigné, qu’il destinait ce trésor. Et, sans plus tarder, il signifiait à Mlle de Valois qu’elle eût à prendre cet époux, en échange de la grâce pleine et entière de Richelieu[106]. Ce ne fut pas sans avoir protesté, pleuré, sangloté, que cette «malheureuse amante», comme on disait alors, «sacrifia l’Amour sur l’autel de l’Hyménée». Et Rulhière termine l’anecdote par de menus faits d’observation, qui fixent, comme en un décor d’opéra, les attitudes respectives des trois protagonistes de cette comédie dramatique.

[105] Mémoires de Besenval, t. I, p. 111.

[106] Anecdotes sur le duc de Richelieu, par Rulhière (édition Asse), p. 12.

Le jour de la cérémonie officielle, affirme-t-il avec une désinvolture qui n’a cure de la chronologie, Richelieu était libre[107]: ce fut une double joie pour Mlle de Charolais, qui était là, triomphant du désespoir de sa rivale; quant au duc, il avait voulu assister, lui aussi, dans la chapelle des Tuileries, à cette solennité matrimoniale; et il «lorgnait» impudemment Mlle de Charolais, comme s’il eût voulu se consoler par avance «de la perte d’une conquête aussi brillante[108]».

[107] Nous avons retrouvé, à la Bibliothèque de l’Arsenal, dans les Archives de la Bastille, l’ordre d’élargissement qui rendait à Richelieu sa liberté (Dossier 10672):

Monsieur de Launay, ayant bien voulu, de l’avis de mon oncle, le duc d’Orléans, régent, permettre que mon cousin le duc de Richelieu, lequel, en conséquence de mes ordres, est actuellement détenu en mon château de la Bastille, en soit élargy. Je vous envoie cette lettre pour vous dire que vous ayiez à le laisser pour cet effet sortir de mondit château sans délay ni difficulté. Et la présente n’étant pour autre fin, je prie Dieu qu’il vous ayt, Monsieur de Launay, en sa sainte garde. Écrit à Paris, le 30e d’août 1719.

Louis,

Le duc de Richelieu,
Le Blanc.