La vérité, telle qu’elle apparaît dans le récit de l’historiographe Dangeau, est autant impressionnante, en sa simplicité, que la scène théâtrale composée par Rulhière. Les pourparlers officiels pour le mariage de Mlle de Valois datent de la fin d’octobre 1719 et la bénédiction nuptiale ne fut donnée aux Tuileries que le 12 février 1720; mais, dans l’intervalle, le 6 novembre 1719, au cours d’une promenade à cheval au Bois de Boulogne, Mlle de Valois, en sortant par la porte Maillot, fut victime d’un accident mystérieux qui resta inexpliqué. En ne se baissant pas assez sur l’encolure de son cheval, elle se heurta si violemment à la tête qu’elle en fut blessée; elle fut saignée le soir et on lui «rasa» une partie des cheveux pour constater et panser la plaie qui n’offrait d’ailleurs aucune gravité. Au lendemain du mariage, elle tomba malade et ne se décida que tardivement à partir pour Modène: encore le voyage fut-il très long, en raison de cet état de santé: elle n’arrivait à destination que le 20 juin 1720 (Dangeau: Journal, t. XVIII, passim).

En tout cas, si l’anecdote de Rulhière est exacte, elle ne doit prendre date que du 12 février 1720.

[108] Anecdotes de Rulhière (édit. Asse).—Les Mémoires de Besenval (t. I, p. 113) soulignent plus énergiquement le cynisme de Richelieu, qui «révolta tout le monde, en joignant à l’inconséquence d’assister à la cérémonie du mariage l’audace de parler à l’oreille de Mlle de Charolais, en regardant Mlle de Valois. Et toutes deux en conçurent contre lui une haine qu’elles gardèrent jusqu’à leur mort.» Dans cette dernière phrase, l’opinion de Besenval est complètement erronée, du moins en ce qui concerne Mlle de Valois.

Il reçut cependant de la nouvelle duchesse de Modène une autre consolation, d’un prix inestimable, s’il faut en croire les informations recueillies par Rulhière. Avant de partir pour l’Italie, la jeune épousée disposa, en faveur de Richelieu, d’un bien qui aurait dû appartenir uniquement à son mari. Et comme il faut qu’en notre pays tout finisse par des chansons, deux couplets de Momus fabuliste, une pièce du Théâtre Français, firent une allusion, à peine voilée, à cette disgrâce conjugale[109].

[109] Anecdotes de Rulhière (édit. Asse).—Maurepas (Mémoires, I, 152) affirme qu’elle «apporta à son mari une étrange maladie qu’elle tenait de son amant».—Momus fabuliste ou les Noces de Vulcain, par Fuzelier, jouée en 1719.

De leur côté, les satiriques de Cour n’avaient pas attendu pour railler, dans un facile jeu de mots, le médiocre mariage de Mlle de Valois. Ils faisaient dire à la victime:

J’épouse un des plus petits princes,

Maître de très petits États,

Quatre desquels ne vaudraient pas

Une de nos moindres provinces.