«Le Régent est trop bon[112], écrit la Palatine, pour ce petit duc de Richelieu, qu’il a remis en liberté, parce qu’il le persuada qu’il a tout voulu lui révéler.
[112] Le Régent avait fini par répondre aux ministres qui blâmaient la mise en liberté de Richelieu: «J’ai fait grâce à ce jeune homme, parce que j’ai vu dans sa conduite la folie de son âge plutôt qu’un crime réfléchi.»—«Richelieu a tout avoué sans se faire prier, écrit, le 2 avril 1719, Caumartin de Boissy à la marquise de Balleroy. La seule excuse est que le Régent qui est naturellement bon, le regarde comme un fol et aime mieux donner un exemple de clémence que de justice.»
«Sa maîtresse, Mlle de Charolais, n’a eu de cesse que le Régent lui accordât sa liberté: quelle horreur qu’une princesse du sang aille se déclarer devant l’univers entier amoureuse comme une chatte et d’un individu inférieur comme rang, infidèle, car il a une demi-douzaine de maîtresses! Quand on le lui dit: Bah! répond-elle, c’est pour me les sacrifier; et il me raconte tout ce qui se passe entre eux.»
Madame ne peut comprendre une telle inconscience. Si elle était superstitieuse, elle croirait que Richelieu «a des secrets». Toutes les femmes courent après lui; et cependant il est indiscret et bavard: n’a-t-il pas eu l’effronterie de déclarer que, si une impératrice, belle comme un ange, lui accordait ses faveurs, à condition qu’il n’en dise rien, il préférerait les refuser? Il est poltron, vain, impertinent: «C’est là l’oriflamme de la plupart des femmes. Elles lui sacrifient tout leur honneur, tout leur bonheur[113].»
[113] Correspondance de Madame (édition Jœglé), 1er octobre 1719.
Cette dernière phrase, après tant d’injures ou de puérilités, est encore le jugement le plus sûr, le plus vrai, le plus profondément douloureux qu’ait jamais porté la Palatine sur le sort néfaste réservé par le duc de Richelieu aux femmes assez malheureuses pour l’aimer en toute sincérité.
CHAPITRE VII
Exil de Richelieu dans son château du Poitou. — Son séjour passager à Conflans et à Saint-Germain: diversions parisiennes. — Sa retraite à Richelieu lui permettra de rétablir ses affaires. — Il y donne l’hospitalité à Voltaire. — Il obtient la grâce de revenir à Paris, puis à la Cour. — Faux bruit de son mariage avec Mlle de Charolais. — Son prétendu voyage, en colporteur, à la Cour de Modène. — Galerie monastique de Richelieu. — Il succède, comme académicien, au marquis de Dangeau; son discours; incidents de sa réception.
Richelieu venait de recevoir une rude leçon; mais on a vu qu’elle n’avait guère servi à le rendre plus circonspect. Cependant, il ne sortait pas tout à fait indemne de l’aventure.