—«Gagnez-vous beaucoup à tous ces papiers?

Richelieu: «Pas encore; mais il y a apparence que nous y gagnerons par la suite.

Le Prince: «Voilà bien le discours d’un homme qui a été trois fois à la Bastille.

Richelieu: «Et vous, Monseigneur, qui n’y avez pas été encore, qu’en pensez-vous[124]

[123] Capefigue: Le Maréchal de Richelieu (1857, p. 47): «les pamphlets du temps le placent dans l’armée des agioteurs.»

[124] Journal, Mémoires, etc., de Marais (1863), t. I, p. 269.

Ce dialogue prouve, de reste, l’extrême prudence d’un «homme» qui tenait à ne pas divulguer ses bénéfices de joueur et surtout à ne pas retourner une quatrième fois à la Bastille. Mais, ce qui paraîtra incroyable, c’est que ce même «homme» si fat, si indiscret, si... indélicat—pour atténuer un terme d’argot moderne—avec les femmes, évitait maintenant de trop afficher ses bonnes fortunes.

Ce sont les nouvellistes, toujours à l’affût des échos mondains ou des petits scandales du jour, qui colportent, quand ils ne les inventent pas, les anecdotes galantes de Richelieu.

«On prétend, dit le Journal de Marais, en juillet, que Mlle de Charolais a épousé le duc dans la chapelle de Vincennes, après avoir adressé les sommations d’usage à Mme la Princesse, sa grand-mère.» Quelques jours après, le mariage est confirmé. Et, dans un salon, un fils de Saint-Simon ne va-t-il pas s’écrier étourdiment: «La voilà bien malheureuse d’avoir épousé un duc et un pair! Mlle de Valois ne vient-elle pas d’épouser un gentilhomme de campagne?»

Le manuscrit[125], que nous avons déjà cité, de la Bibliothèque de la Ville de Paris, affirme, lui aussi, la consécration du mariage, en l’enjolivant de détails non moins suspects—pour ne pas dire absolument faux—que les faits qui l’ont précédée. Le duc de Bourbon, persistant dans ses intentions premières, aurait menacé Richelieu de volées de bois vert et de coups d’épée, s’il continuait à fréquenter sa sœur. Le destinataire n’en avait pris nul souci. Il avait même recueilli Mlle de Charolais, grosse de trois mois et l’aurait épousée dans un village à une demi-lieue de Paris, sans autre témoin qu’une vieille femme de chambre. Le duc de Bourbon eut beau jeter feu et flammes: sa colère était impuissante, Mlle de Charolais ayant dépassé vingt-cinq ans, l’âge de la majorité légale. Il se vit donc forcé de reconnaître Richelieu pour beau-frère. Il y consentit, mais à la condition que sa sœur continuerait à porter son nom de fille et que son mariage ne serait déclaré qu’après sa mort[126].