[125] Bibliothèque de la Ville de Paris. Manuscrit 6691.

[126] Marais (Journal, 1863, t. I, p. 326) prête ce mot au duc de Bourbon morigénant sa sœur: «Encore, si vous épousiez un gentilhomme!»—Et Marais part de là pour établir en deux longues pages que, si des princesses de la maison de Bourbon (et il les cite) épousèrent des gens de qualité, «la noblesse des Vignerot est équivoque».

Est-il plus absurde roman? Quel prêtre aurait osé bénir, quatorze ans plus tard, l’union d’un bigame avec Mlle de Guise, Mlle de Charolais étant toujours vivante?

Au reste, si celle-ci eût été réellement la femme légitime de Richelieu, lui eût-elle écrit, à cette même date (juillet-août 1720), la lettre suivante, dont M. de Lescure garantit l’authenticité? Elle répugne à l’idée que Richelieu va se marier (sans doute quelque projet en l’air) et elle ajoute:

... «Je vous prie de me mander si vos cheveux sont assez longs pour faire un bracelet, et de les faire croître s’ils ne le sont pas. Je me jette dans la galanterie. Je vais faire faire des chiffres de diamant pour orner ce bracelet. Je voudrais que ce fût le vôtre et le mien; mais des R et des C seraient trop clairs. On me les ferait brûler au bras par la main du bourreau; et je ne me sens pas encore le goût du martyre, ni la fermeté de saint Laurent. Ainsi, cherchez-moi dans vos noms de baptême quelque lettre qui soit à couvert de l’insulte.»

Cet échange de jolis cadeaux qui rappelle le temps et les coutumes de la chevalerie, est plus admissible que l’extraordinaire voyage de Richelieu en Italie, sur le désir de Mlle de Valois, devenue duchesse de Modène. Faur raconte, avec quel luxe de détails, cette randonnée ultramontaine, où l’on voit l’amoureux seigneur, travesti en porte-balle, pénétrer dans le palais ducal pour tomber aux pieds de sa belle maîtresse et lui offrir tout à la fois ses livres et son cœur[127].

[127] Les Mémoires secrets de Duclos, publiés pour la première fois, en 1791, disent (tome II, p. 383) que Richelieu, lors de son voyage en Italie, n’osa pas approcher de Modène.

Certes, ces déguisements, auxquels excellait Richelieu, sont bien dans la note du temps; mais d’autres «galanteries»—pour nous servir de l’expression louis-quatorzième de Mlle de Charolais—amusaient alors le raffiné libertin qu’était Richelieu. Et ces «galanteries» ne sont pas les rêves d’un cerveau romanesque: elles appartiennent à l’histoire de l’art et des mœurs au XVIIIe siècle.

La Palatine, quand elle rend compte, le 31 mars 1719, de l’arrestation du «gnome», dit qu’il a fait peindre toutes ses maîtresses revêtues des costumes des divers ordres religieux, Mlle de Charolais en récollette et «parfaitement ressemblante», les Maréchales de Villars et d’Estrées en habit de capucines.

De son côté, M. Sensier, dans ses notes et commentaires sur le journal de Rosalba Carriera, l’illustre peintre du commencement du XVIIIe siècle[128], ajoute que Mme de Parabère en carmélite, Mme de Villeroy en récollette et Mlle de Charolais en capucine, figuraient dans cette galerie monastique, qu’avait imaginée Richelieu pour commémorer, par un voluptueux sacrilège, les charmes voilés de ses nobles maîtresses.