[128] Journal de Rosalba Carriera, 1865, pp. 348-349.

Or, à cette époque, s’il faut en croire la chronique scandaleuse, des grands seigneurs organisèrent des fêtes orgiaques, où, déguisés en moines de différents ordres, ils menaient le bal avec des filles d’opéra, travesties en nonnes de toutes communautés. L’archevêque de Paris, averti d’un tel scandale, porta plainte au lieutenant de police, qui menaça ces religieuses de contrebande de les jeter à l’Hôpital, tondues et en «robe de pénitence» pour tout de bon, le jour où elles recommenceraient leur mascarade. Et l’on peut se demander si celle-ci ne donna pas l’idée de sa galerie monastique à Richelieu, ou ne fut, au contraire, qu’une mise en scène, très élargie, de l’idée libertine du jeune duc.

En tout cas, qu’est devenue cette collection qui serait aujourd’hui d’un prix inestimable? Vainement nous en avons cherché la trace dans le catalogue de la vente Richelieu qui fut publié trois mois après la mort du Maréchal. La description des tableaux, dessins, estampes, etc... est, dans certaines parties, donnée en termes si vagues, qu’il serait bien difficile d’en déduire telle ou telle identification.

Peut-être cette collection avait-elle été saisie, détruite ou dispersée, lorsque Richelieu avait été conduit pour la troisième fois à la Bastille. Ce qui paraît hors de doute, c’est que le seul portrait qu’on en connaisse est celui de Mlle de Charolais en récollette, actuellement au Musée de Versailles. La princesse est représentée portant une besace, et dans une attitude mélancolique, près d’un monument offrant une lointaine ressemblance avec la Bastille. Voltaire avait accompagné ce portrait du quatrain célèbre:

Frère Ange de Charolois

Dis nous par quelle aventure

Le cordon de Saint-François

Sert à Vénus de ceinture.

Cette œuvre n’est certainement pas de la Rosalba; car si l’artiste vint en France dans le courant de l’année 1719—date probable du portrait dont l’auteur anonyme est resté inconnu—elle ne travailla qu’en 1720-1721 pour Mlle de Charolais. Son journal, d’ailleurs, en fait foi. Capefigue, dans sa Biographie-Panégyrique de Richelieu, prétend que le tableau de Versailles est de Rigaud, ce qui n’est guère admissible.

Ces questions de date, dont se préoccupaient fort peu nos pères, ne laissent pas cependant que de devenir irritantes pour l’historien soucieux de fixer exactement le jour ou l’année des événements qui constituent la trame de son sujet. Ainsi le portrait de «Récollette» ou «Cordelière», signalé par Madame dans sa lettre du 31 mars 1719 (la Palatine, elle au moins, ne les oublie pas les dates), peut très bien avoir été exécuté en 1718, et même en 1717, époque à laquelle commença la liaison de Richelieu avec Mlle de Charolais.