[134] Mercure de France, de décembre 1720.—On s’est beaucoup amusé de l’orthographe de Richelieu; et Ludovic Lalanne qui eut entre les mains le manuscrit autographe de son discours académique, y relève (Curiosités littéraires, 1857, p. 280), des fautes telles que reigne pour règne; seint pour sein; flambau pour flambeau; dérangassent pour dérangeassent; court pour cour; rendus pour rendu; accez pour accès; pront pour prompt; pris pour prix; crétien pour chrétien; antier pour entier. Et il ajoute «Au moins il avait composé lui-même ce discours.» Nous savons maintenant ce qu’il en faut croire; quant à l’orthographe, dont les règles échappaient quelquefois à Voltaire lui-même, il est certain que Richelieu ne l’observait guère, mais nous avons vu de ses autographes beaucoup moins incorrects que son discours académique.

Son entrée à l’Académie, bien qu’il n’eût pas encore atteint la majorité légale, lui conférait en quelque sorte la robe virile: hélas! il s’en fallait de tout qu’il fût assagi.


CHAPITRE VIII

Nouvelles aventures de Richelieu. — Mme de Villeroy et Mme d’Alincourt. — Comment Richelieu se venge du Régent. — Duel avec le duc de Bourbon. — Une légende dorée. — Mlle de Maupin n’a pu être la maîtresse de Richelieu. — Le duel de MMmes de Nesle et de Polignac. — Amitié de Richelieu pour le duc de Melun.

Dans la vie galante de Richelieu, la période de cinq ans, qui suivit sa majorité, fut assurément la plus féconde en aventures de toutes sortes, en conquêtes brillantes, en rapts scandaleux, en noires trahisons. Cet amoureux perpétuel avait des grâces d’état: il menait six intrigues de front. Si, en vertu de ce dicton, qu’on ne prête qu’aux riches, des spéculations de librairie ont attribué à Richelieu plus de bonnes fortunes, chaque jour, que ses capacités physiologiques, si grandes fussent-elles, ne lui permettaient d’en prétendre, les témoignages contemporains sont trop nombreux et trop précis pour qu’il soit possible de mettre en doute les fréquentes prouesses de celui que la Palatine appelait rageusement la «coqueluche de toutes les femmes».

A Dieu ne plaise que nous nous attardions à énumérer ses victimes; le terme est exact, car il est bien peu de ces femmes qui n’eurent pas à souffrir de l’indifférence, de la vanité, de l’indiscrétion, de la perfidie de ce bourreau des cœurs. Nous n’en nommerons que quelques-unes dont l’Histoire doit connaître, ne fût-ce que pour mieux fixer une figure aux aspects parfois si fuyants.

Quoique ait pu en écrire Charles Giraud[135], indigné des insinuations malveillantes du Président Hénault[136] contre la Maréchale de Villars, Richelieu respecta fort peu les lauriers de l’illustre soldat qui l’avait mené au baptême du feu. Mais, si les courtisans parlèrent à mots couverts de cette erreur de la charmante duchesse, ils firent grand bruit autour de l’attentat commis contre la marquise d’Alincourt. Mme de Villeroy, la belle-sœur de cette dame, s’était si fort amourachée de Richelieu, qu’oubliant toute pudeur, elle avait consenti à souper, in naturalibus, avec lui et avec les amis de son amant.

[135] Charles Giraud: La Maréchale de Villars et son temps, 1881.

[136] Mémoires du Président Hénault (1855).—Il était des amis de la Maréchale et «y vivait beaucoup». Voici le passage incriminé par Giraud: «Sa maison (celle de la duchesse) fut toujours remplie de la meilleure compagnie. C’était une attention qu’elle avait toujours eue toute sa vie et qui la garantit de la dégradation de ses galanteries.»