«Le duc, étonné, lui dit:
—«Monseigneur, je sais le respect que je vous dois; ainsi je ne suis pas homme à me battre contre vous.»
«Mais, se voyant pressé du prince, il se mit en défense, de sorte qu’il le blessa de trois coups; puis, ayant crié au secours du prince, on le porta dans son lit où il fut pansé de ses blessures; et le lendemain, il avoua qu’il avait prié le duc de Richelieu de mettre l’épée à la main[141].»
[141] Buvat: Journal de la Régence, t. II, p. 244.
La version du Journal de Barbier est sensiblement la même. Le duc de Bourbon manifestait hautement son intention de tuer son adversaire. Richelieu se laissa piquer la main, estimant que ces quelques gouttelettes du sang suffiraient à l’animosité du prince. Mais celui-ci persistant dans ses intentions homicides, Richelieu, pour ne pas être le mauvais marchand de sa modération, blessa le duc de Bourbon au ventre. Et le bruit se répandit que le maître de Chantilly, déjà malade, venait de subir une rechute.
«Tout le monde dit aussi, ajoute le narrateur, que l’esprit de M. le Duc est un peu dérangé depuis quelques jours. Le changement n’est pas grand; car il en avait très peu auparavant et du mauvais[142].»
[142] Barbier: Journal (1857, 8 vol.), t. I, p. 128, mai 1721.
Et c’était cet homme-là qui, trois ans plus tard, après la mort du Régent, devait gouverner la France, autrement dit la pressurer, la piller, l’affamer avec la complicité de sa maîtresse, la marquise de Prie et d’autres flibustiers de même appétit!
Quant à Mlle de Charolais, elle avait déjà pris son parti d’une situation sans issue, d’autant que les infidélités, toujours renaissantes, de Richelieu l’autorisaient à lui rendre la pareille. Et elle ne s’en priva certes pas. C’était, nous le savons, une femme d’esprit: aussi aimait-elle à répéter qu’elle avait «voyagé de Richelieu à Melun et de Melun en Bavière» désignant ainsi, par des noms de ville ou de principauté, ceux des amants qu’elle s’était successivement donnés[143].
[143] Marais: Journal, t. II, p. 301.