[160] Mémoires de Villars (édit. de Vogüé), t. V, passim.


CHAPITRE X

Prédilection de Richelieu pour la cabale et les opérations magiques. — Affaire de satanisme à Vienne: ses différentes versions. — Richelieu obtient le chapeau de Cardinal pour Fleury. — Succès de sa mission diplomatique. — Son retour en France. — Nouvelles imprudences sur le terrain de la galanterie. — Il est plus circonspect en politique: la conjuration des Marmouzets. — Richelieu conquiert de nouveaux grades dans l’armée et «commande pour le roi» en Languedoc.

Richelieu, on ne saurait trop le répéter, est bien l’homme de son siècle. S’il affiche, comme tant d’autres de ses contemporains, les pratiques extérieures du Culte, parce que la démonstration contraire serait nuisible aux intérêts de l’État et d’un mauvais exemple aux yeux des gens de bonne compagnie, il est foncièrement athée, impie, libertin dans le sens que ce terme comportait au XVIIe siècle. Mais s’il ne croyait pas à Dieu, il croyait au Diable, différent en cela de son ami Voltaire, qui ne croyait, ni à l’un, ni à l’autre, bien qu’il pratiquât, lui aussi, dans le temple «élevé à Dieu par Voltaire», comme il l’avait si modestement écrit sur le fronton de sa chapelle seigneuriale.

Richelieu était de l’école du Régent. Il adorait la chimie, cherchait la pierre philosophale, se plaisait aux calculs de l’astrologie judiciaire et ne dédaignait pas les conjurations magiques. Il n’y voyait, disait-il, qu’un simple amusement, et parfois même les taxait de pures folies. Mais il les avait toujours suivies avec le plus vif intérêt, quand Mlle de Valois les interrogeait sur l’avenir réservé à ses amours, ou quand Mlle de Séry, maîtresse du Régent, prétendait avoir vu dans un verre d’eau la tête de son amant ceinte de la couronne royale.

Ces diverses particularités étaient connues de tous: aussi personne ne parut-il autrement surpris, quand la Quintessence et le Journal de Leyde, deux feuilles des Provinces-Unies, révélèrent, avec les détails qu’exige un fait-divers d’une telle envergure, le crime effroyable imputé au duc de Richelieu[161].

[161] Richelieu s’en montra très affecté. Il écrivait, en février 1727, à Chavigny, un de ses collègues: «Je suis extrêmement peiné de la calomnie qu’on fait imprimer contre moi et de la façon dont on l’a débitée: je donnerais tout au monde pour connaître l’auteur qui a donné aux gazettes l’occasion de cette impertinence.» (Soulavie: Mémoires de Richelieu, t. V, p. 232.)

La sienne, à lui, Richelieu devait lui attirer, à ce propos, une réplique assez désobligeante de Chirac, médecin du roi, qui s’était rencontré avec lui chez le duc de Sully, alors gravement malade. Richelieu proposait pour la guérison un remède d’empirique, tandis que Chirac insistait pour la saignée, «le seul parti à prendre»; autrement «M. le duc n’en pourrait réchapper sans un miracle».

—Raison de plus pour employer mon remède, fit alors Richelieu, non sans appuyer sa proposition d’une sortie virulente contre les médecins, si bien que Chirac, exaspéré, lui cria: