A l’heure de l’agonie, elle ne voulut pas qu’on appelât son mari, pour lui éviter le déchirement de la séparation suprême; mais il avait donné des ordres contraires; et elle eut la consolation de mourir entre ses bras, dans l’étreinte d’un dernier baiser (2 août 1740).
Elle laissait deux enfants:
Louis-Antoine-Sophie Du Plessis-Richelieu, titré duc de Fronsac, né le 4 février 1736[191]; Jeanne-Sophie Élisabeth-Louise-Armande-Septimanie, née le 1er mars 1740. C’étaient les États de Languedoc qui l’avaient tenue sur les fonts baptismaux et lui avaient donné le nom de Septimanie. Sa naissance, à Montpellier, avait hâté la fin de sa mère, qui avait succombé à une nouvelle poussée de phtisie galopante, au Temple, chez son père.
[191] Le Commissaire Dubuisson écrit à M. de Caumont, en 1736, que la duchesse de Richelieu vient d’accoucher d’un garçon, que, sans cela, le roi eût envoyé le duc à la Bastille, parce que celui-ci s’était permis d’aller chasser, avant lui, sur ses propriétés, dans la plaine de Saint-Denis, où il avait tué 7 à 800 pièces de gibier.
CHAPITRE XII
Le deuil de Richelieu. — Son séjour dans le Languedoc en 1741. — Petite malice d’un vieux chanoine. — Esprit de tolérance de Richelieu. — Son autorité en matière d’étiquette. — Il est processif, autant par nécessité que par amour de la chicane. — Ses revendications contre les propriétaires du Palais Royal. — L’histoire d’un pamphlet. — Richelieu perd son procès.
Il faut reconnaître, à la louange de Richelieu, qu’il manifesta les regrets les plus vifs d’une perte douloureuse à tant d’égards. Nous voulons croire qu’il fut sincère. De fait, Mme d’Armaillé, l’auteur d’un beau livre sur la comtesse d’Egmont, fille de Richelieu, Mme d’Armaillé, qui n’est certes pas suspecte de tendresse, ni d’admiration exagérées pour le père, affirme qu’il «s’imposa un deuil sévère[192]», dont il partagea la durée entre son château de Richelieu et son gouvernement du Languedoc.
[192] Comtesse d’Armaillé: La Comtesse d’Egmont, p. 11.
Et, précisément, de son séjour dans cette province en 1741, nous avons sous les yeux une relation, qui, par son contraste avec le récit du marquis de Valfons, dit assez l’influence pondératrice que devait exercer la duchesse sur l’esprit hautain et présomptueux de son mari.