[196] Duc de Luynes: Journal, t. II, p. 219.

[197] Ibid., p. 224.

[198] Ibid., octobre 1738.

D’ordinaire, les gens, à la fois aussi méticuleux sur le maintien de leurs prérogatives et aussi peu soucieux des égards dûs à celles d’autrui, sont essentiellement processifs; et Richelieu le fut toute sa vie. C’était moins cependant pour des vices de forme que pour des questions d’intérêt. La manie de paraître creusa souvent, nous l’avons vu, des brèches énormes dans la fortune de Richelieu; et le besoin d’argent, autant que l’esprit de taquinerie et que l’amour de la chicane, jeta ce téméraire plaideur dans nombre de procès, dont il fut, à maintes reprises, le mauvais marchand.

Il n’avait pas vingt ans qu’il attaquait, en justice réglée, un testament de Mlle d’Acigné, une sœur de sa mère, qui avait laissé tout son bien à son cousin, l’abbé de Laval, dont avait hérité Mme de Roquelaure, sa sœur. Richelieu perdit ce procès[199].

[199] Journal de Dangeau, t. XVI, p. 458.

Il succomba de même dans une autre affaire litigieuse, qui traîna plus de dix-huit années, et dont les diverses phases, non moins que l’origine, furent marquées de curieux incidents.

Richelieu avait revendiqué, en 1736, sur le duc d’Orléans et sur différents propriétaires de maisons du Palais Royal, la possession légitime des terrains occupés par les constructions, en sa qualité d’héritier du Cardinal. Il avait pour avocat le célèbre Cochin; mais, comme il affectait un certain dilettantisme littéraire, il allait goûter au tribunal l’éloquence, très remarquée, du défenseur de ses adversaires, un jeune maître d’un indéniable talent[200].

[200] Dubuisson: Lettres à M. le Marquis de Caumont (édit. Rouxel), p. 335, 25 février 1737.

Entre temps, courait, chez les libraires du Palais Royal, qui le vendaient fort cher, après l’avoir reçu à titre gracieux, un libelle anonyme très virulent, dont Richelieu, exaspéré, voulut connaître l’auteur. Les propriétaires du Palais Royal le désavouèrent énergiquement; et même leurs avocats le dénoncèrent au Parlement qui en ordonna la suppression[201]. Il fut attribué successivement au critique Desfontaines, au poète Roy et même à l’abbé de Boismorand, un écrivain famélique. Celui-ci, sur qui se portaient plutôt les soupçons, sut se justifier auprès du lieutenant de police Hérault et finit par convaincre Richelieu. Alors le duc lui proposa de répondre au pamphlétaire. L’abbé ne s’y refusa pas, mais fit observer à son interlocuteur que cette riposte aurait peut-être l’inconvénient de «donner plus de vogue et plus de poids au libelle». Richelieu goûta ce raisonnement; mais il n’en avait pas moins écrit au lieutenant de police pour lui communiquer des indications pouvant le mettre sur la piste de l’auteur anonyme. Il lui signalait comme l’inspirateur probable de ce factum satirique, le président de Tugny, fils du financier Crozat. Sans trop s’arrêter à Boismorand, il parlait, en outre, d’une distributrice arrêtée au Palais Royal et d’autres colporteurs du Palais, trouvés nantis de ce pamphlet, dont l’interrogatoire révélerait le ou les auteurs de la pièce incriminée[202].