«Le duc de Richelieu a donné au roi la liste de toutes les dames qui ont voulu avoir le géant qui arriva de Suède, il y a deux ans. Il nous a montré les vers suivants qu’il a sortis de sa cassette et nous a nommé la dame favorisée. Ils sont fort singuliers, ces vers et caractérisent très bien l’esprit et le cœur du duc de Richelieu et nous apprennent ce qu’il inculque dans l’esprit du roi qui n’a que vingt-huit ans:

Dame qui donnait dans le grand

Croyant faire chose admirable,

Jeta les yeux sur ce géant.

Mais, loin de le trouver sortable,

Elle dit, voyant le vilain:

—Pauvre géant, tu n’es qu’un nain!»

L’anecdote se place en 1738; et le roi, à cette époque, n’avait pas attendu après les vers de la cassette, d’ailleurs de mauvais goût, pour devenir aussi rapidement la proie de la corruption.

Il est certain que Richelieu, comme tant de ses contemporains et Maurepas lui-même, collectionneur émérite, se plaisait à rassembler toutes les pièces de musées secrets. Déjà, en 1717, il exhibait complaisamment des médaillons de Klingstett, le plus fin et le plus obscène des miniaturistes[212], médaillons où il se mettait en scène dans des attitudes dignes des figures de l’Arétin. En 1740, un soir qu’il donnait un grand souper dans sa petite maison de la barrière de Vaugirard, il signalait à ses convives, sur les lambris de la salle à manger, et au milieu de chaque panneau, des figures indécentes en plein relief. La vieille duchesse de Brancas, pour les mieux voir, arbora ses lunettes et les «considéra d’un air pincé», tandis que Richelieu, une bougie à la main, en expliquait, avec force détails, les poses les plus intéressantes[213].

[212] E. de Barthélemy: Les Correspondants de la Marquise de Balleroy, t. I, p. 204.